Théories de l'émergence et libéralisme

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Re: Théories de l'émergence et libéralisme

Message par georges lane le Lun 12 Mar 2007, 15:29

Grand merci à Rantanplan de rappeler cet excellent développement de Murray Rothbard.

Je n'y avais pas pensé colere

Il fait apparaître indirectement des failles noyé de la démarche de Ludwig von Mises.

Cela étant, je suis tout à fait d'accord avec le préliminaire de Rantanplan. Very Happy

Je l'exprimerai de la façon suivante. tapoter

Comment des prétendus économistes peuvent-ils en effet se satisfaire d'appliquer des méthodes singeant celles de la physique alors que dans leur cas, les êtres humains ou sa nature sont en jeu et dans celui des savants physiciens, c'est la nature ?

Que le savant physicien fasse l'hypothèse, explicite ou non, que la nature qu'il étudie a des desseins, est omnisciente - "Dieu ne joue pas aux dés" - et mène toujours des moindres actions, soit.

Mais que le savant économiste fasse l'hypothèse que les êtres humains dont il étudie en définitive les résultats des actions - plutôt que les actions elles-mêmes, seuls les Autrichiens ... - sont sinon omniscients, du moins ont une incertitude déterministe et maximisent les fonctions objectifs - dont il les gratifie - sous contraintes, c'est dur à avaler. drink

S'il en était ainsi, que serait-il lui-même Question Une chose est certaine : il ne saurait faire valoir qu'il est savant économiste car il n'aurait rien à découvrir. 12.7

Ou alors il devrait admettre que sa "savance" se limite à des calculs d'analyse combinatoire. boulet

Tout cela tend à expliquer ce que j'ai dénommé ailleurs le " méphistophélisme" actuel".


vivefl

georges lane
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Re: Théories de l'émergence et libéralisme

Message par Guinevere le Lun 12 Mar 2007, 16:03

Merci Rantanplan, pour ce texte fort intéressant. Je serais simplement nettement moins déterministe que lui (ou que Georges Lane) quant à la science physique...
J'ai ouvert ce fil de discussion en sachant que je me lançais en terra incognita et que, rencontrant les indigènes de la planète "science économique" ou "libéralisme", je risquais aussi de leur apparaître comme un spécimen martien... Je dois dire que l'insistance mise sur l'homme comme acteur libre et non sur des lois, des cycles, des trucs et des machins que je surnomme in petto "la grande broyeuse" m'est infiniment sympathique...

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Re: Théories de l'émergence et libéralisme

Message par Rantanplan le Lun 12 Mar 2007, 16:57

La mise en forme des "anticipations rationnelles" n'apporte pas grand chose, dans la mesure où :
    elle ne peut servir qu'à répondre à des questions sur l'existence et l'unicité d'un "équilibre général" dont on sait a priori qu'il ne sera jamais réalisé et où,

    si on veut rendre compte des actes qui conduisent à s'en approcher, il faut en outre les tenir pour inséparables d'une création d'information qui doit forcément changer les conditions de cet équilibre final imaginaire.

Le problème, si problème il y a, des relations de la théorie sociale et de la science expérimentale me semble donc être de faire découvrir aux savants ce qu'ils doivent présupposer de l'action et de la pensée humaine pour seulement exercer leur métier sans contradiction pratique,
bien plus que de chercher dans les derniers développements de la science expérimentale des éléments d'analogie ou, pire, de "validation" pour une théorie de l'action qui devrait pouvoir s'en passer, puisque s'il existe a priori une dépendance logique, elle irait plutôt dans l'autre sens.

dans les sciences de la nature, l'objet de la connaissance —la nature— et le sujet de cette connaissance —celui qui agit— sont des entités différentes, séparées. Dans les sciences sociales, en revanche, les objets de la recherche et de la connaissance sont eux-mêmes chercheurs et sujets connaissants. A la lumière de cette différence catégorique, il ne va pas de soi que la méthode applicable aux sciences naturelles et aux sciences sociales ne puisse être que la seule et même. Il n'y a même absolument rien de surprenant à ce que, s'agissant de prédiction sur des gens qui font des prédictions, ou de maîtrise instrumentale sur des gens qui pratiquent la maîtrise instrumentale, on ne puisse avoir un progrès scientifique du genre de celui qu'on observe dans les sciences de la nature
Hans-Hermann Hoppe, "Le Rationalisme autrichien à l'ère du déclin du positivisme".

Les plus grands représentants de l'école autrichienne, et en particulier Ludwig von Mises, avaient dès le départ réprouvé comme fausse et contradictoire la méthodologie positiviste-falsificationniste ainsi que son emploi dans le domaine des sciences économiques et sociales. Pour commencer, disait Mises, il est contradictoire de prétendre qu'il ne saurait y avoir que des propositions analytiques ou des propositions empiriques ; car cette affirmation même, si on veut lui prêter la moindre force probante — c'est-à-dire si elle ne doit pas n'être à son tour qu'une proposition analytique "arbitraire" ou alors une affirmation empirique "hypothétique" — doit elle-même représenter justement ce que les positivistes prétendent être impossible : à savoir une connaissance non hypothétique de la réalité. Deuxièmement, indépendamment de ce que l'on peut penser de l'applicabilité de la méthode positiviste dans le domaine des sciences de la nature, il est en tous cas contradictoire de penser qu'elle puisse aussi trouver un emploi dans le domaine des sciences sociales ; car tout savant qui teste des hypothèses doit au moins implicitement convenir qu'en principe il n'est pas en position de prédire aujourd'hui les résultats à venir de sa propre activité future de recherche (en fait, c'est justement parce qu'on est incapable de faire cela que la recherche a le moindre sens), et il s'ensuit que lui-même et son agir propre — c'est-à-dire le domaine des objets qu'étudient les sciences sociales— ne peuvent par principe pas du tout être expliqués ni prédits comme les positivistes se l'imaginent
Hans-Hermann Hoppe, "L'École autrichienne et son importance pour la science économique"

imaginons une explication établissant un lien entre deux ou plusieurs événements et supposons qu'on ait réussi à la faire "coller" à un ensemble de données. On l'applique ensuite à un autre ensemble de données, apparemment pour réaliser un autre test empirique. Maintenant, on est tenu de se demander : "que sommes-nous tenus de présupposer pour lier la seconde expérience à la première de telle manière qu'elle la confirme ou qu'elle l'infirme ?" On pourrait croire d'emblée que si la seconde expérience répétait les observations de la première, ce serait une confirmation, et sinon, une réfutation —et il est clair que la méthodologie positiviste suppose cela vrai. Or, dans ce cas, rien en fait n'autorise à le dire. Car tout ce que l'expérience révèle à l'observateur vraiment "neutre", c'est que l'on peut classer comme "répétition", ou au contraire comme "non-répétition" deux ou plusieurs observations sur la succession dans le temps de deux ou plusieurs types d'événements. Une simple répétition ne devient "confirmation" positive et une non-répétition "réfutation" négative que si l'on suppose, indépendamment de tout ce qu'il est réellement possible de confirmer par expérience, qu'il existe des causes invariantes, opérant indépendamment du temps. Si on suppose au contraire qu'au cours du temps la causalité opère quelquefois d'une manière et quelquefois d'une autre, alors ces cas de répétition ou de non-répétition ne sont que des expériences datées, enregistrées, mais ne peuvent avoir aucun sens particulier ni lien réciproque. Il n'existe entre elles aucun lien logique de confirmation ou de réfutation réciproque. Il y a une expérience, puis il y en a une autre ; elles sont semblables, ou elles sont différentes ; mais c'est tout ce qu'on peut trouver à en dire. Rien d'autre ne s'ensuit.

De sorte qu'il n'est possible de parler de "confirmation" ou de "réfutation" que si l'on présuppose le principe de régularité : que si l'on est convaincu que les phénomènes observables sont en principe déterminés par des causes qui demeurent constantes et ne dépendent pas du temps dans la manière dont elles opèrent. Il faut absolument supposer vrai le principe de régularité pour pouvoir déduire qu'une hypothèse est bancale du fait qu'on échoue à reproduire une expérience ; et c'est à cette condition seule qu'on peut l'interpréter comme confirmée parce qu'on y parvient. Or, il est évident que ce principe de régularité n'est pas déduit de l'expérience et que celle-ci ne pourrait pas le confirmer. Ce lien entre les événements n'est pas observable. Et même si on l'observait, l'expérience ne pourrait pas révéler s'il est ou non indépendant du temps. On ne peut pas non plus le réfuter par l'expérience, puisque si un événement semblait le réfuter (par exemple si on ne pouvait pas reproduire un résultat), on pourrait toujours dire d'emblée que c'était le type d'événement particulier censé en causer un autre qui n'était pas le bon. Et comme cette expérience ne prouve pas non plus qu'une autre succession d'événements ne puisse pas se révéler invariante avec le temps dans sa manière d'opérer, on ne peut pas prouver non plus que le principe de régularité ne serait pas valide.

Et cependant, alors qu'il n'est ni déduit de l'expérience ni réfutable par elle, le principe de régularité n'est rien de moins que la présupposition logiquement nécessaire pour réaliser des expériences dont on puisse dire qu'elles se confirment ou se réfutent mutuellement (par opposition à des expériences sans lien logique entre elles). Ainsi, puisque le positivisme suppose qu'il existe de telles expériences logiquement liées, alors on doit en conclure qu'il admet aussi l'existence d'une connaissance non hypothétique à propos du réel. Il doit bel et bien supposer qu'il existe des causes invariantes avec le temps, et doit le supposer alors même qu'il est impossible d'imaginer que l'expérience le confirme ou l'infirme. Une fois de plus, le positivisme apparaît comme une doctrine incohérente, contradictoire. Des explications non hypothétiques pour des faits réels, ça existe bel et bien.

Enfin (et désormais sans surprise pour nous), la thèse positiviste de l'unité de la science se révèle elle aussi contradictoire. Le positivisme prétend que les actions, de même que tout phénomène, peuvent et doivent être expliquées au moyen d'hypothèses. Si c'était le cas, alors, et de nouveau contrairement à sa propre doctrine suivant laquelle il ne saurait y avoir aucune connaissance a priori de la réalité, le positivisme serait forcé de supposer que les actions humaines aussi sont strictement déterminées par des causes invariantes, indépendantes du temps. Car si nous devions procéder comme le positivisme nous demande de le faire —établir entre différentes expériences un lien de confirmation ou de réfutation supposée— alors il faudrait, comme nous venons de l'expliquer, présupposer que la causalité y opère avec une régularité absolue. Mais alors, si c'était vraiment vrai, et s'il était vraiment possible de concevoir les actions des hommes comme entièrement gouvernées par une causalité invariante avec le temps, alors comment expliquer les explicateurs ? Comment rendre compte du comportement de ceux qui exécutent ce processus même de formation des hypothèses, de vérification et de réfutation ? A l'évidence, pour faire toutes ces belles choses, pour prendre en compte les expériences de "confirmation" ou de "réfutation", pour remplacer les vieilles hypothèses par des nouvelles —il faut bien qu'on soit capable d'apprendre. Mais si l'on peut apprendre de l'expérience, ce que le positiviste est bien obligé d'admettre, alors à aucun moment on ne peut savoir à l'avance ce qu'on ne saura que plus tard, et ce que l'on fera une fois qu'on l'aura su. En fait, la seule chose qui soit possible est de reconstruire la séquence des causes de ses actions, et cela après les faits, car on ne peut expliquer sa propre connaissance que si on la possède déjà. Ainsi, la méthodologie positiviste appliquée au domaine de la connaissance et de l'action, qui contient la connaissance comme ingrédient nécessaire, est purement et simplement contradictoire — une absurdité logique de plus.

Le principe de régularité peut et même doit être supposé dans le domaine des objets naturels, c'est-à-dire pour des phénomènes qui ne sont pas constitués de notre propre connaissance ni d'actions manifestant cette connaissance (dans ce domaine, la question de savoir s'il existe des lois constantes à partir desquelles il est possible de faire des prévisions ex ante est positivement déterminée indépendamment de l'expérience, et les facteurs empiriques ne jouent de rôle que pour déterminer quelles sont les variables concrètes qui ont, ou n'ont pas, un lien de cause à effet avec quelles autres variables). En ce qui concerne la connaissance et l'action, en revanche, le principe de régularité ne peut pas être valide (dans ce domaine, la question de savoir s'il existe ou non des constantes est en elle-même empirique par nature et ne peut être déterminée pour une variable donnée que sur la base de l'expérience passée, c'est-à-dire ex post). Et tout cela, qui est une connaissance authentique de quelque chose de réel, peut être connu apodictiquement ; de sorte que c'est le dualisme méthodologique, et non le monisme que l'on doit accepter et admettre comme absolument vrai a priori.
Hans-Hermann Hoppe, "Le Rationalisme autrichien à l'ère du déclin du positivisme"

En refusant systématiquement de tenir compte du fait que les théories et les observations qui font l'objet d'une interprétation théorique sont le fait de personnes agissantes, qui les imaginent et les mettent en oeuvre pour réussir dans leur action, Kuhn et Feyerabend se sont privés du critère même au moyen duquel toute connaissance concernant la nature est continuellement testée et mesurée : le critère du succès ou de l'échec dans la réalisation d'un projet utilisant la connaissance dans une situation donnée. S'il n'y avait le critère du succès instrumental, peut-être le relativisme semblerait-il inéluctable. En revanche, dans chacune de nos actions vis-à-vis de la nature, nous confirmons l'affirmation du rationalisme suivant laquelle il est possible de définir un domaine d'application pour toute connaissance théorique, et d'y tester continuellement le succès de son application, de sorte qu'on est bien obligé de tenir pour commensurables des théories concurrentes pour les domaines d'applicabilité où elles sont susceptibles de mener au succès. On ne peut pas concevoir une situation où il serait rationnel de renoncer à un outil intellectuel qui se serait montré efficace à une occasion dans un domaine d'application, dans le cas où aucun autre outil ne serait disponible. De même, si un autre outil était plus efficace, par exemple si une théorie ou un paradigme permettait d'atteindre un but qu'on ne pourrait pas réaliser aussi bien si on en appliquait un autre, il serait irrationnel pour quiconque agit de ne pas l'adopter. Bien sûr, rien dans la vie n'empêche de se conduire de façon aussi irrationnelle. Cependant, quiconque le fait doit en payer le prix. Il se prive de la possibilité d'atteindre des buts qu'il aurait pu atteindre autrement. Isolée des autres contextes sociaux qui peuvent donner d'autres raisons, de type psycho-sociologique, pour ne pas l'adopter, seule face à la nature, aucune personne capable de distinguer une action efficace d'une autre inefficace n'accepterait de payer ce prix-là. C'est pour cela que la conception relativiste des sciences de la nature est inacceptable. Pour cela que, dans la maîtrise par l'homme des mystères de la nature, un progrès constant est possible et concrètement observable (Ibid.)


Dernière édition par le Mar 13 Mar 2007, 09:53, édité 1 fois

Rantanplan
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Re: Théories de l'émergence et libéralisme

Message par Guinevere le Mar 13 Mar 2007, 08:30

Merci pour ces références !

Guinevere
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