fil des Affaires balkaniques

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Re: fil des Affaires balkaniques

Message par Guinevere le Sam 20 Oct 2007, 17:50

Ils sont excellents, à tout point de vue. Merci Rantanplan.
"Une des règles du bonheur universel est la suivante : toujours se méfier des accessoires censés simplifier la vie qui pèsent moins lourd que leur manuel d'utilisation." (Terry Pratchett)

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Re: fil des Affaires balkaniques

Message par Rantanplan le Sam 20 Oct 2007, 21:28

Skanderbeg a écrit:Je me demande s'il n'y a pas une faute d'accord au 2e vers du 2e couplet.
Effet de style peut-être ?
Rassurez-vous, mon général, les verbes réflexifs sont comme il faut à la 3° personne du singulier.
En revanche, il ne vous aura pas échappé que certains signes diacritiques n'étaient pas les bons : c'est le problème sur internet, ou bien ils n'y sont pas --cas le plus fréquent-- ou bien le caractère est carrément changé (et j'ai beau entendre "prozuri" c'est "prožuri" qui a un sens)

Aussi me pardonnerez-vous sûrement les erreurs que j'ai faites en remettant les trémas et les cédilles dans cette traduction en albanais, rien que pour vous :
Bajaga a écrit:Shoket e mi

Shoket e mi janë si gurë të çmuar
të shpërndarë nepër gjithë botën
dhe unë jam si zog shtegetar
dhe i takoj në fluturim

Ndoshta të tillë e kemi fatin
Ose kush e di se si
Sa herë që takohemi
gjithmonë bashkë pimë
gjithmonë e përfundojmë
me një nga kënget tona

Shoket e mi janë djem të fortë
me zemër të madhë
dhe kur pihet, dhe kur dashurohet
dhe kur luftohet

Që nga Alaska
deri në Australi
Sa herë që takohemi
gjithmonë bëhemi tapë
gjithmonë e përfundojmë
me një nga kënget tona

Refren:
    Jetë të gjatë dhe shëndet
    edhe për 100 vjet
    të ketë verë dhe kënge
    dhe të na ruaj Zoti
    femrat më të bukura
    të jen gjithmonë pranë nesh
    se kjo jetë është e shkurtër
    dhe përfundon çdo çast

Për shoket e mi
unë i lus erërat
për vela të gufuara
rruget të sigurta
netët me yje
dhe mëngjeset të kthjellta

Ndoshta të tillë e kemi fatin
Ose kush e di se si
Sa herë që takohemi
gjithmonë bashkë pimë
gjithmonë e përfundojmë
me një nga kënget tona

Refren:
    Jetë të gjatë dhe shëndet
    edhe për 100 vjet
    të ketë verë dhe kënge
    dhe të na ruaj Zoti
    femrat më të bukura
    të jen gjithmonë pranë nesh
    se kjo jetë është e shkurtër
    dhe përfundon çdo çast
Evidemment, ça ne se chante peut-être pas aussi bien sur cette musique-là... mdr
J'ai mis ici une version avec un meilleur son mais sans l'image.
Quand est-ce qu'on mange à l'Officine, chez les gangsters ?

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Re: fil des Affaires balkaniques

Message par Rantanplan le Ven 16 Nov 2007, 08:26

    La Serbie, le néo-nazisme et le modèle de la République de Weimar
    Propos de Filip David, journaliste à Vreme, recueillis par Sanja Martinovic. Publié dans Monitor (Podgorica) le 19 octobre 2007. Mise en ligne par le Courrier des Balkans le 11 novembre 2007. Traduit par les étudiants du Département de français de l’Université de Niksic.

    Les frustrations sociales et politiques qui déchirent la Serbie pourraient s’aggraver après la perte du Kosovo. Alors que des courants néo-nazis se développent au grand jour, la Serbie suivra-t-elle le modèle de la République de Weimar, qui a permis l’accession au pouvoir de Hitler ? La Russie pourrait-elle aussi être tentée par ce modèle autoritaire ? La mise en garde de l’écrivain serbe Filip David, né en 1940, une grande voix des milieux libéraux serbes, qui s’exprime à l’occasion de la publication de son nouvel ouvrage.

      Monitor (M) : La maison d’édition Laguna de Belgrade a récemment publié votre nouveau roman Le rêve de l’amour et de la mort, le premier roman publié depuis douze ans. Le même roman sera publié au printemps par la maison d’édition croate Fractura. Pourquoi a-t-on attendu votre roman si longtemps ?

      Filip David (FD) : J’ai longtemps songé au thème de ce roman, mais dans les temps où nous vivons, ces « temps obscurs » (c’est le terme que j’ai repris de Hannah Arendt), il arrive tant de choses auxquelles vous devez réagir par des textes et une écriture d’un autre genre. Il m’a semblé parfois qu’il aurait été un peu inconvenant de me livrer à ce que l’on appelle les « Belles Lettres », pendant que tout brûlait et s’écroulait autour de nous. C’était avant tout un sentiment subjectif, parce que, à dire la vérité, parfois ce moyen artistique permet également de décrire, peut-être mieux que d’autres, l’époque où nous vivons. C’est peut-être moins direct, mais cela comporte plus d’émotions et de suggestions.


      M : Le rêve de l’amour et de la mort a une forme étrange : le roman se compose en fait de deux petits romans : Le petit roman de l’amour et Le petit roman de la mort. On dirait que vous avez englobé tous les thèmes éternels dans une forme extraordinaire, mais en même temps vous avez raconté cette histoire dans un style clair et classique.

      FD : En fait, il s’agit de deux romans qui constituent un ensemble, une histoire de la souffrance et de la haine humaine dans les tourbillons ténébreux des événements historiques. Je suis vraiment persuadé que des choses complexes et compliquées peuvent être exprimées d’une manière lisible et simple. Même les anciennes écritures kabbalistiques, que je cite volontiers, disent que la simplicité et la complexité s’entremêlent. Mon expression poétique, très présente dans mes histoires et dans mon roman précédent, procède de ce principe. D’ailleurs, c’est une sorte de narration qui s’appuie partiellement sur la tradition yiddish, dans laquelle Isaac Bashevis Singer, l’auteur dramatique Hanski et la tradition orale hassidique ont atteint les sommets.


      M : Dans Le petit roman de la mort, votre personnage dit :

        « Nous ressentions de la compassion les uns envers les autres. Si nous faisions du mal à quelqu’un, nous nous rendions compte de la douleur que nous avions causée à l’autre et nous voulions la réparer. Il n’y avait pas d’événements plus ou moins importants, toute chose avait la même importance. Maintenant, tout est différent ».

      Pourrait-on dire que nous vivons aujourd’hui dans un égoïsme omniprésent, qui est à la base même du système mondial ?

      FD : C’est probablement le sentiment de chaque génération qui se retrouve dans des temps durs, obscurs, en apparence sans issue, où l’immoralité, l’illégalité et la violence prennent le dessus. Dans ces moments-là, les temps passés nous apparaissent comme des havres que nous avons quittés pour n’y plus jamais retourner.


      M : Dans votre livre, vous avez écrit que les justes forment la base de ce monde et que, quand l’un des justes s’en va, le monde perd son équilibre. Je me demande de quelle manière l’on pourrait rétablir l’équilibre dans notre monde visiblement déséquilibré...

      FD : Toute notre existence repose sur des bases fragiles, sur l’équilibre du bien et du mal. Quand le mal prédomine, toute l’humanité se dirige vers l’abîme. L’existence des justes qui tiennent le monde en équilibre n’est que la métaphore de la recherche d’une stabilité durable. Par ailleurs, la plus grande partie des arts, des religions, et même de la philosophie, tente de revenir à l’ordre, quand ce dernier a cédé la place au chaos. La narration n’est autre chose que le rétablissement d’un certain ordre, d’une hiérarchie des motifs, une sélection du matériel, le retour à l’équilibre de cet incident chaotique qu’est notre vie.



    La Serbie, le Kosovo, la Russie et la République de Weimar

      M : Le 7 octobre à Novi Sad, les membres du mouvement Nacionalni Stroj, dont le rassemblement avait été interdit par la police, ont attaqué les citoyens qui participaient au rassemblement antifasciste. L’attaque a d’abord été de nature verbale, mais ils ont fini par les lapider. Quel est votre commentaire sur cet événement désagréable, en prenant en considération la situation politique en Serbie ?

      FD : Cela est très choquant. Il est incontestable que les groupes néofascistes en Serbie deviennent de plus en plus puissants. Regardez leurs sites internet, qu’il s’agisse du Nacionalni Stroj (« Rang national »), du Front blanc de Serbie (Rasonalisti Srbije), du groupe "Sang et Honneur" (Krv i Cast) ou des autres, qui ne cachent pas l’adoption de symboles nazis et fascistes comme la croix gammée, qui fêtent les anniversaires de Hitler et de Himmler, qui se réfèrent dans leurs programmes à des passages de Mein Kampf, à la célèbre falsification antisémite du Protocole des Sages de Sion ou aux théories du sang et du sol.
      Leurs programmes contiennent les pires choses, celles qui ont causé l’Holocauste et fait mourir des millions de gens, exterminé des nations entières. Quelqu’un pourrait dire que seuls les malades mentaux ou les maniaques pourraient accepter aujourd’hui de semblables idéologies. Pourtant, ce mal-là, ce monstre dont on parle, n’est pas venu d’un point perdu de l’univers. Il est né ici, c’est l’aboutissement de la « philosophie [du trou] de province » [1]. Rappelons-nous de la mise en garde de Rade Konstantinovic, qui soulignait que la philosophie [du trou] de province débouche tôt ou tard sur une forme de nazisme serbe. Ce nazisme est parmi nous, non pas comme un phénomène marginal comme beaucoup le disent, mais comme un « modèle culturel » résultant de plus de deux cents livres racistes et antisémites accessibles aujourd’hui dans nos librairies, issu de la glorifications de personnages tels que Dimitrije Ljotic, l’évêque Nikolaj Velimirovic ["canonisé" en 2003] ou l’accusé du TPI Ratko Mladic.
      Le monstre néonazi se nourrit, entre autres, de la révision de l’histoire, de la confusion entre les collaborateurs de la Seconde Guerre mondiale et les combattants pour la liberté, entre les bourreaux et les victimes. Par l’intermédiaire d’organisations comme Obraz, les Justinovci [2], les Mileticevci, ce nazisme obtient un soutien public ouvert et le consentement tacite d’une partie de l’opposition politique et de la coalition au pouvoir.


      M : Comment décririez-vous la vie d’un intellectuel engagé qui a lutté contre le nationalisme en Serbie depuis la période Milosevic jusqu’à nos jours ?

      FD : Comme la vie de quelqu’un qui a perdu la bataille pour le moment, mais qui ne renonce pas pour autant.


      M : Quel sera selon vous l’avenir des Balkans ?

      FD : L’avenir provient de ce qu’on appelle le présent. Le présent de la Serbie ressemble au modèle connu de la République de Weimar dans l’histoire allemande. Elle a été fondée sur une démocratie instable, et ce manque de capacité à défendre la démocratie a ouvert la voie à la dictature et à Hitler. De grandes frustrations nationales à cause d’une guerre perdue, un nationalisme agressif et populiste, de graves difficultés économiques et des appels à l’unification générale, la recherche d’un leader absolu : telles ont été les bases permettant la création d’un des pires régimes totalitaires qu’a connus l’histoire.
      Cela ne ressemble-t-il pas à des situations actuelles ? Un ami russe m’a raconté il y a quelques jours qu’on parlait aussi du « Weimar russe », que la Russie connaissait ces mêmes sentiments et ces mêmes phénomènes, un grand mécontentement et un sentiment d’humiliation, et la recherche d’un chef puissant. Son énorme potentiel économique transforme la Russie en géant économique mondial. L’idée même qu’une des voies possibles serait la transformation de la Russie en une dictature totalitaire qui entraînerait la Serbie frustrée par la perte du Kosovo et d’autres problèmes provoque au moins un sentiment d’inquiétude. Cette étreinte fraternelle ferait à nouveau des Balkans une région de possibles cataclysmes.
      Le fait que l’avenir soit impossible à prévoir avec sûreté a un caractère consolateur. Les mauvaises choses comme les bonnes choses ne sont jamais certaines, et le chemin vers l’avenir apporte toujours des événements imprévisibles. Cela ne veut pas dire que le scénario du pire et ses éventuelles conséquences soient à négliger. Il faut faire tout notre possible pour éviter ce modèle dangereux qui mènerait à une catastrophe historique.



      [1] Référence à l’ouvrage Filozofia palanke ["La Philosophie du trou de province"], du philosophe Rade Konstantinovic, paru en 1969.

      [2] Disciples du théologien orthodoxe Justin Popovic.
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Re: fil des Affaires balkaniques

Message par Rantanplan le Sam 01 Déc 2007, 01:43

Quand est-ce qu'on mange à l'Officine, chez les gangsters ?


Dernière édition par le Sam 01 Déc 2007, 18:22, édité 2 fois

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Re: fil des Affaires balkaniques

Message par Rantanplan le Sam 01 Déc 2007, 01:44

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Re: fil des Affaires balkaniques

Message par Rantanplan le Ven 14 Déc 2007, 05:33

    Le général Dragomir Milosevic condamné à 33 ans de prison par le TPIY.
    Association Sarajevo


    Le général qui a dirigé les opérations pendant les 15 derniers mois du siège de Sarajevo a été condamné à 33 ans de prison par le Tribunal de La Haye.

    Il a été reconnu coupable de terreur, de meurtres, d'actes inhumains, de crimes de guerre et de crimes contre l'humanité. Le jugement relate les événements qui ont marqué le siège et décrit les procédés utilisés par le "Corps de Sarajevo-Romanija" de l'armée des Serbes de Bosnie pour terroriser la population de la ville.
    Il réfute en particulier la thèse de la défense de l'accusé, qui soutenait que l'attaque au mortier du marché de Markale du 28 août 1995 avait été une mise en scène de l'armée de BH, fable encore fort répandue en Serbie. Les avocats de Dragomir Milosevic (sans lien de parenté avec Slobodan Milosevic) avaient demandé son acquittement, plaidant que les activités du "Corps de Sarajevo-Romanija" constituaient une réaction "nécessaire et légitime" aux opérations de l'armée [de la Bosnie-Herzégovine].

    Carla Del Ponte, satisfaite d'avoir pu prouver la culpabilité de l'accusé, a regretté qu'il n'ait pas été condamné, comme elle l'avait demandé, à la prison à vie.

    En Bosnie-Herzégovine, les six partis de la coalition majoritaire censée diriger la pays se sont retrouvés à Banja Luka pour engager la mise en oeuvre du plan d'action en vue de réaliser les réformes nécessaires à la signature de l'accord d'association et de stabilisation avec l'UE.
    Ils ont décidé de reconduire dans ses fonctions de Premier ministre Nikola Spiric qui avait démissionné, et de nommer un groupe de travail pour appliquer leur accord sur la réforme de la police. Le Conseil des ministres doit en désigner les membres dans les sept jours, pour que ses propositions puissent être examinées à la mi-septembre au plus tard. Les réformes centralisatrices concerneraient notamment la médecine légale, la coordination des services, la formation des policiers, mais ne toucheraient pas les limites des circonscriptions policières qui épouseraient celles des entités, des cantons et du district de Brcko, ce qui donne entière satisfaction aux dirigeants de la RS. On se trouve ainsi très loin du respect des trois principes fixés il y a deux ans par l'UE et acceptés par toutes les parties. Ils portaient sur la centralisation du financement et de la gestion de la police, la création d'unités fonctionnelles et la constitution d'une police professionnelle à l'abri des influences partisanes.

    L'autre grande entreprise projetée, celle de la réforme constitutionnelle, sera son côté lancée à Bruxelles en janvier sous l'égide de la Commission européenne, avec des contradictions de départ telles qu'elle n'inclinent pas à l'optimisme sur les chances d'un accord. Le Président nouvellement élu de la RS, Rajko Kuzmanovic vient de confirmer que pour les autorités de la RS, il n'y avait pas d'avenir en dehors , non seulement du maintien mais du renforcement de l'entité serbe.

    Face aux menaces que brandissent à propos du Kosovo les dirigeants serbes, le Premier ministre Vojislav Kostunica se montrant le plus agressif, l'Union européenne veut apparaître la plus apaisante possible. Pour tenter de renforcer, sans doute sans grand effet, la position de Boris Tadic dans l'élection présidentielle de janvier, faut-il pour autant effacer toutes les conditions à une avancée européenne de la Serbie et interdire à la Bosnie-Herzégovine de devenir un Etat digne de ce nom, ce qui résulte des concessions faites à Milorad Dodik ?
Y perd rien pour attendre.
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Re: fil des Affaires balkaniques

Message par Rantanplan le Ven 14 Déc 2007, 05:37

    Turquie : vers une nouvelle Constitution, civile mais pas laïque ?
    Propos recueillis par Fabio Salomoni, Osservatorio sui Balcani, 22 novembre 2007. Traduit par Vincent Doumayrou, Le Courrier des Balkans, 16 décembre 2007


    L’AKP, le parti musulman modéré au pouvoir en Turquie, avait promis une nouvelle Constitution, en remplacement de celle de 1982, approuvée sous la junte militaire. La nouvelle Constitution devrait mieux garantir les libertés civiles et l’équilibre des pouvoirs. Certains la soupçonnent de vouloir s’attaquer au principe de laïcité. Entretien avec le Professeur Özbundun, chargé de rédiger le projet constitutionnel.

    En septembre dernier, l’AKP a demandé à une commission de juristes conduite par Ergun Özbundun, professeur à l’université Bilkent d’Ankara, de rédiger un projet constitutionnel. Les tensions autour du PKK et du Nord de l’Irak ont supplanté à la une de l’actualité les polémiques soulevées par cette initiative du gouvernement Erdogan.

      Osservatorio sui Balcani (OB) : Pourquoi une nouvelle Constitution ?

      Ergun Özbundun (EO) : La Constitution actuelle est entrée en vigueur en 1982 et a été rédigée dans une période très particulière, caractérisée par la présence au pouvoir des militaires. Avec le temps, elle a subi quelques réformes mais elle a gardé dans l’ensemble son caractère militaire, autoritaire et étatiste. Ces dernières années, tous les partis, de nombreux secteurs de la société civile, l’ordre des magistrats, les confédérations patronales, ont tous exprimé leur souhait d’avoir une nouvelle constitution. Le parti AKP s’est, en quelque sorte, fixé cette tâche. Son programme électoral évoquait une nouvelle Constitution civile, démocratique, qui eût la défense des droits de l’homme pour référence. Recep Tayyip Erdogan, le Premier ministre issu de l’AKP, nous a demandé de préparer un projet pour une nouvelle Constitution.


      OB : Quelles sont les idées forces du texte que vous avez préparé ?

      EO : Porter la liberté et les droits fondamentaux aux normes universellement reconnues, en particulier par la convention européenne des droits de la persone, tel est le premier objectif. Le second est de redéfinir les équilibres entre les diverses composantes de l’Etat. En 1982 la Constitution a attribué, dans un dispositif typique d’une république parlementaire, de larges pouvoirs au Président de la République, sans lui attribuer cependant aucune responsabilité politique. Les constitutionnalistes ont toujours critiqué cette dérive parce que dans un système parlementaire le président de la République doit toujours détenir un rôle symbolique, comme c’est le cas en Italie et en Allemagne. Dans notre projet, les pouvoirs excessifs du Président de la République se voient limités, réduits aux prérogatives que doit avoir un président dans un système parlementaire. En outre notre proposition cherche à garantir un rôle au Parlement dans les élections des membres de la cour constitutionnelle. Enfin, dans la Constitution en vigueur, certains éléments affaiblissent l’État de droit. Par exemple, les décisions de l’assemblée supérieure des forces armées ou les sentences des organes de contrôle de la magistrature ne sont soumis à aucun contrôle de la part de la magistrature. Nous avons cherché à rendre ces règles compatibles avec celles d’un état de droit.


      OB : On parle de votre Constitution comme d’une « Constitution civile », êtes-vous d’accord avec cette expression ?

      EO : Il s’agit d’une expression que l’AKP a employé dans son programme électoral. Par « civil », on entend « rédigée dans des conditions de liberté » et « approuvée par référendum ». Nous savons que les deux constitutions précédentes, celle de 1961 et celle de 1982, ne répondent pas à ces conditions, elles ne furent rédigées par un Parlement démocratiquement élu et ont été fortement influencées par l’autorité militaire. Certains éléments du texte ont déchaîné des débats très animés en octobre dernier. Par exemple autour du rôle que doit avoir le nationalisme et le caractère idéologique de la constitution actuelle... Il est vrai que la constitution en vigueur contient certains éléments à forte connotation idéologique, et dans notre projet nous avons cherché à les réduire à la portion congrue. Quant aux accusations selon lesquelles nous aurions éliminé les références au nationalisme, l’article 2 de la constitution d’aujourd’hui, dont le libellé est « La République de Turquie est liée au nationalisme d’Atatürk », fait partie des articles qui ne peuvent pas être modifiés.


      OB : On vous a surtout accusé d’affaiblir les références à la laïcité...

      EO : Aucun élément dans notre projet de constitution ne peut faire penser à un recul en matière de laïcité. Notre projet de constitution a au contraire un caractère laïque au moins aussi prononcé que celui de la constitution en vigueur, qui établit l’obligation des cours de religion à l’école primaire et au collège alors que nous les avons rendus facultatifs. Il faudra bien entendu vérifier que le parti AKP acceptera ce point. Nous avons introduit la référence à la nécessité que l’enseignement de la religion respecte les croyances religieuses des familles des élèves, comme le spécifie aussi la déclaration européenne des droits de l’homme. Je pense donc que notre proposition est laïque au sens premier du terme.


      OB : Depuis quelques semaines, l’AKP examine votre projet. Dans quelle mesure le modifiera-t-il ?

      EO : Nous n’en savons rien, mais d’après les informations que nous avons, il semblerait que le parti n’ait pas l’intention d’apporter de changements significatifs.


      OB : Dans les années 1990, de nombreux milieux sociaux réclamaient une nouvelle Constitution. Pourquoi une telle levée de boucliers contre l’initiative du gouvernement ?

      EO : Cela constitue en effet un véritable paradoxe, une ironie de l’histoire. Ce sont précisément les personnes qui ont le plus durement attaqué la constitution de 1982 pour son caractère anti-démocratique, qui aujourd’hui s’opposent au projet de l’AKP. Je pense que cela est dû aux soupçons que certains milieux nourrissent à l’égard de l’AKP, leur conviction que ce parti veut établir dans le pays un État islamique. Je ne partage pas ces craintes et je ne crois pas que le parti aient une quelconque intention de ce genre. La situation paradoxale dans laquelle nous nous trouvons, les critiques à cette initiative, je crois qu’elles sont tout simplement dues au fait qu’il s’agit d’une initiative de l’AKP.


      OB : Les tensions de ces dernières semaines auront-elles une influence sur le devenir de ce projet ?

      EO : Je ne crois pas que ces tensions auront une influence sur le débat. Pour le moment, la question a été mise de côté, mais je crois que c’est provisoire et que très bientôt, nous retournerons à la table des discussions.


      OB : Y a-t-il d’autres projets, d’autres propositions que la vôtre ?

      EO : Il n’y a aucun projet de la part des autres partis. L’ordre des magistrats a un projet, mais il ne l’a pas encore rendu public. On a annoncé des initiatives de la part de la société civile, qui consisteraient en de simples suggestions, aucune proposition de constitution alternative donc.


      OB : La société turque veut-elle une nouvelle Constitution ?

      EO : Je pense que oui. L’AKP est sorti renforcé des élections. Or, dans la mesure où ce parti a promis une nouvelle constitution dans son programme électoral, on peut raisonnablement penser que la majorité de l’électorat est favorable à un nouveau paysage constitutionnel.


      OB : Nous parlions d’une Constitution civile. Quelle a été la réaction des forces armées ?

      EO : Nous n’avons pas eu de nouvelles. Il faut rappeler que notre constitution ne modifie pas les relations entre pouvoir militaire et pouvoir civil.


      OB : Cette nouvelle Constitution, c’est pour quand ?

      EO : Il est difficile de le dire aujourd’hui. Une fois que l’AKP aura rendu public son projet de constitution, il veut, pour ce que j’en sais, lancer une phase de discussions à l’intérieur de la société et y impliquer divers milieux, divers partis politiques, diverses institutions universitaires, divers médias. Durant cette phase, certains passages du texte seront sans doute modifiés. Le projet passera ensuite devant le Parlement. On peut prévoir que le débat y durera quelques mois et que le texte sera finalement soumis à un référendum. Je pense donc que, vraisemblablement à l’automne prochain, nous aurons une nouvelle Constitution.
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Dernière édition par le Lun 17 Déc 2007, 04:34, édité 3 fois

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Re: fil des Affaires balkaniques

Message par IPfix le Dim 16 Déc 2007, 20:44

question purement technique : pourquoi poster deux fois le même post? scratch
PS : tu me dis si tu ne veux pas que je te tutoie.

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Re: fil des Affaires balkaniques

Message par Vincent le Lun 17 Déc 2007, 07:40

IPfix a écrit:question purement technique : pourquoi poster deux fois le même post? scratch


Comme on disait quand j'étais lycéen en classe de français : À la question pourquoi Racine écrit-il deux fois nuire "tout me nuit... tout conspire à me nuire..." Réponse : "c'est pour insister..."

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