SAINT-SERMON : LE LIVRE!
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Re: SAINT-SERMON : LE LIVRE!
J'aime beaucoup les "arapèdes de la PED".
Il serait possible également pour évoquer l'usurpation parler de "Bernard l'hermite" qui occupe une maison (pizzeria ?) qui n'est pas la leur. La definition du Bernard l'hermite par Littré amusera Courtoisrazzo. En effet, le Bernard l'hermite est également une pagure: "Lat. pagurus, du grec, ajuster, enfoncer, et queue, ainsi dit parce que, étant à queue molle, il loge cette queue dans des coquilles vides."
Il serait possible également pour évoquer l'usurpation parler de "Bernard l'hermite" qui occupe une maison (pizzeria ?) qui n'est pas la leur. La definition du Bernard l'hermite par Littré amusera Courtoisrazzo. En effet, le Bernard l'hermite est également une pagure: "Lat. pagurus, du grec, ajuster, enfoncer, et queue, ainsi dit parce que, étant à queue molle, il loge cette queue dans des coquilles vides."
henri- Habitué
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Date d'inscription: 27/02/2007
Re: SAINT-SERMON : LE LIVRE!
Guinevere a écrit:Superbe, la couverture de Saint-Sermon !
Ceci posé, je trolle un tantinet. Cela fait quelque temps que j'avais des doutes sur l'emploi, ici, du terme bigorneaux pour désigner des gens qui, en quelque sorte, s'accrocheraient à leur rocher.Ils sont tous deux herbivores et "broutent" grâce à une sorte de langue râpeuse (la radula) les algues fixées aux rochers.
Le bigorneau ne se détache pas du rocher car il croit (dans le cas de RC) vivre du rocher. On parle souvent de "bigorneau de rocher" par ailleurs.
Il faut se féliciter également qu'un certain nombre restent sur le rocher aussi.
Re: SAINT-SERMON : LE LIVRE!
Averell a écrit:Car la question qui se pose est de savoir qui est Saint-Sermon.
Est-il du nombre de ces bigornots/bigornottes ?
Hors sujet. le propos de ce forum ne consiste pas à savoir qui est derrière les pseudos comme sur tous les forums du monde. C'est ce qu'on appelle la netétiquette.

IPfix- Habitué
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Réputation: 4
Date d'inscription: 21/08/2007
Re: SAINT-SERMON : LE LIVRE!
Le jeu du masque ôté avait été lancé autrefois à propos de Victor. Et désormais nous le savons tous : Victor est John Doe !
Re: SAINT-SERMON : LE LIVRE!
L'auteur nous aurait-il caché l'essentiel de son livre ou nous en a-t-il déjà fait part ?
On est un peu déçu qu'il n'intervienne pas céans.
On est un peu déçu qu'il n'intervienne pas céans.
Dernière édition par le Ven 09 Nov 2007, 02:43, édité 1 fois

Rantanplan- Bavard
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Date d'inscription: 25/01/2007
Re: SAINT-SERMON : LE LIVRE!
Insoutenable attente! Heureusement, Courtoisrazzo nous fait-il l'honneur de quelques bouteilles de son divin champagne!

Papamobile- VMPL
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Localisation: Castel Gandolfo, l'été
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Date d'inscription: 11/11/2007
Re: SAINT-SERMON : LE LIVRE!
Oui, un peu longue à venir je trouve cette exclu. Je voudrais des extraits avant la publication (imminente).
Re: SAINT-SERMON : LE LIVRE!
Chers F:. F:. et Amis,
Dans le cadre des extraits exclusivement publiés (avec autorisation de l'Auteur) des OEuvres de Monseigneur le Duc, un long extrait plus spécialement (que d'honneur!
) consacré aux aventures du FL sur la toile...
D'aucuns ne manqueront pas de se reconnaître...
L'Admin
Saint Georges
Dans le cadre des extraits exclusivement publiés (avec autorisation de l'Auteur) des OEuvres de Monseigneur le Duc, un long extrait plus spécialement (que d'honneur!
) consacré aux aventures du FL sur la toile... D'aucuns ne manqueront pas de se reconnaître...
L'Admin
Saint Georges
Dernière édition par le Jeu 15 Nov 2007, 16:15, édité 1 fois
_________________
Le Dragon, terrassons!

Saint Georges- Tout-Puissant
- Nombre de messages: 62
Réputation: 0
Date d'inscription: 12/02/2007
Re: SAINT-SERMON : LE LIVRE!
Les hommes de (petite) main de Monseigneur – Le Régent, ses porteurs de chaise et ses videurs de chaise percée – Création et apparition de la très puissante et redoutable OFFICINE – Une punaise sur les coussins du trône, un clou dans l’escarpin du Régent-Lune.
Il y eut, parmi les méprisables fantoches que furent les créatures que Monseigneur stipendia à chanter sa gloire et à justifier partout l’éclat de son imposture, quatre autres vagues humanités sorties de nulle part, mais dont le rôle qu’ils tentèrent de jouer, et qu’on leur recommanda de remplir, est au parfait déshonneur du Maître qui les employa.
Ces pauvres hères n’eurent pour toute fortune que d’être désignés et commis aux pires bassesses par la faveur de celui qui en sut tirer toutes les misérables rancoeurs et les dérisoires ambitions qu’il y avait en eux, et, encore une fois, les flatter si bien dans leur petit orgueil, qu’ils en conçurent l’illusion d’être gens d’importance.
Dévoués comme il se doit, quand on n’est rien, mais qu’on vous élève à la dignité de pas grand-chose, ils se vouèrent si promptement, corps et âme (si tant est qu’ils en eussent une) à leur Maître, que celui-ci put sans grande peine les faire s’absorber aux plus humiliantes et répugnantes besognes, en lesquelles ces esprits minuscules virent la grâce qu’on leur accordait de donner enfin pleine mesure de leur nullité.
Ainsi, non content de leur confier tout d’abord des tâches qui pouvaient encore passer pour acceptables, dans le domaine de la sujétion aveugle et des travaux d’office, Monseigneur les employa bientôt à tout faire, leur consentant même ce qu’il leur désigna, sans qu’ils bronchassent, comme l’honneur de porter à eux quatre, par groupes de deux, la chaise de parade dont il avait coutume de faire usage, lorsqu’il lui plaisait de se rendre à Paris, chaque Lundi, pour s’y livrer à ce qu’il fut bientôt coutume de désigner comme « la comédie de son hebdomadaire adresse au Peuple ».
Mais pour parler de : « chaise », sa très petite Altesse eût bientôt la fantaisie de ne point seulement réserver à ces valets zélés le privilège de porter celle en laquelle il avait coutume de se déplacer sur les routes, mais aussi, de leur confier les soins de veiller à l’usage de celle où elle avait coutume de s’aller asseoir, lorsque la nature se faisait pressante à lui travailler l’entraille, et où l’on dit que quelque grand souverain qu’on soit, il convient d’aller seul, et de se rappeler qu’on n’y est assis que sur la partie la moins recommandable de soi-même. Ajoutons, pour que le tableau de ce postérieur que je livre à la postérité soit sans feinte pudeur, et que l’image que je me donne à peindre des ridicules du Régent soit complète, que même en ces endroits où le Roy se retire sans conseillers ni commensaux, Monseigneur ne cessait point de se croire assis plus haut que le commun, et qu'il avait fait tapisser de miroirs les murs de cette hygiénique retraite, afin de se pouvoir contempler avec complaisance, même en cette situation qui, pour beaucoup, ne relève point de la grandeur.
Il convient de s’étendre quelque peu sur le portrait de ces personnages, dont le succès de ridicule tiendra pour beaucoup au règne de Monseigneur sur le Royaume Courtois et sa Cour, et qui, sans que les circonstances eussent porté au trône un tel sinistre pitre, ne fussent jamais sortis de l’obscurité où ils finiront par rentrer, après avoir commis devant nous un tour de piste qui, pour tout dire et se montrer honnête, nous aura, à la fin, fort plaisamment diverti. Ces ridicules qu’on ne voudrait point voir, même affublés de masques, dans une farce italienne du signor Gozzi resteront en quelque sorte dans nos mémoires comme les figures grimaçantes et disgraciées dont les architectes gothiques agrémentaient les contreforts et les balustres des cathédrales, - à cette seule différence qu’elles n’auront été que les gargouilles d’une bien triste gouttière, aux pignons d’un édifice sans majesté.
En tête, venait immédiatement le plus pitoyable de tous, dont on a peine à dire si ses ridicules doivent susciter l’éclat de rire ou la commisération et dont, je pense, il nous sera difficile de donner sans paraître exagérer, le ressemblant portrait, tant sa bêtise et sa maladresse paraissent excéder le bon sens.
On vit, un jour, digne suppôt de son Maître dans la vol et l’accaparement du bien d’autrui, ce personnage apparaître, tout fraîchement sorti du fond de la plus morne et déshéritée des provinces, où sans nul doute, n’eût été le déplorable exemple de conduite que le Régent donna au plus haut de l’Etat, ne se fût jamais à ce point mêlé de se découvrir des prétentions à intervenir dans les affaires, et à faire l’important dans les antichambres. Comme nous l’avons dit, ces gens-là n’ont point de nom, mais se désignent eux-mêmes sous des sobriquets qu’on ne voit d’ordinaire usités qu’au sein des compagnies de brigands qui sévissent sur les routes, ou des associations de malfaiteurs qui tiennent le bas du pavé dans les faubourgs de la capitale.
Celui dont je m’emploierai ici à peindre l’épaisse et grossière figure était connu par ses semblables sous le nom de « Petit Galeux », et n’avait pour tout emploi (du moins : avouable et avoué) que celui de cantonnier, vivant et oeuvrant au plus retiré des marches de l’Est, dans ces pays dont on n’évoque point sans frissonner la désolation et la déshérence, et qui doivent donner à ceux qui même n’y font que passer en carrosse ou les traverser à la tête de nos armées, pour rejoindre les garnisons et les postes frontières du Rhin, l’idée de ce qu’est de vivre ici-bas dans quelque antichambre du Purgatoire.
Sachant à peine aligner deux lettres, et incapable de mettre ensemble trois mots sans insulter à la syntaxe et à l’orthographe (et il n’est même point la peine de parler ici de « style »…), ce vague-misère avait tout essayé en sa vie – excepté d’être pourvu de deux sous de bon sens -, et il avait finalement trouvé une sinécure en ces emplois où l’on ne demande à l’impétrant qu’à montrer les dispositions d’une parfaite inaptitude, afin de vaguer au non-service de l’Etat, mais avec paiement assuré chaque mois par les deniers de celui-ci.
Ce prétentieux imbécile nourrissait, comme toutes les médiocres qui se croient autorisés à tout oser ici-bas, les prétentions les plus hautes. Et il suffit qu’il vît Monseigneur usurper lui-même ce qui n’était point son bien au plus haut de l’échelle, pour qu’à sa petite altitude, il s’avisât de faire de même, et de se donner des Lettres et du crédit qu’il n’avait point, en lançant le plus diligent et zélé bureau de propagande, dévolu à chanter les louanges de Sa Très Minuscule Altesse, et à colporter, par les plus reculées des campagnes, les prétendus bienfaits de Celle-ci.
Il alla, bien entendu, pour cela, frapper à la porte du Comte de Beketchstein, qu’on sait avoir toujours été très heureux de pouvoir compter, pour relayer ses entreprises, sur les plus naïfs des sots facilement acquis à sa cause. Celui-ci, trop heureux de se voir offrir les services d’un si inespéré paysan, - non pour le coup, du Danube, mais de la Moselle -, le paya, en son habituelle monnaie de singe et de songe, de toutes les flatteries, et l’incita en son entreprise.
Or, il en était du Petit Galeux comme de ces gens qui, croyant tirer en l’air pour atteindre un faisan à la chasse, s’embrouillent si bien dans leurs chausses et agissent avec tant de maladresse, qu’ils finissent par tuer leur chien, quand ils ne se blessent point eux-mêmes mortellement. Au bout de quelque temps, cet impayable drôle finit par réussir à faire fermer son ouvroir, ayant dépassé les bornes de l’imprudence, et se croyant de par la protection dont il s’imaginait jouir, au-dessus de toute plainte et de tout danger au regard de certaines Lois du Royaume.
Autant dire qu’à cette occasion, son principal appui le Comte de Beketchstein en usa comme à son ordinaire, lorsqu’il avait fait porter le chapeau et recevoir les coups à sa place, par quelqu’une des créatures déshéritées qu’il avait l’habitude de pousser au vice, et qu’il se contenta de quelques paroles de compassion indignées, accompagnées de ces parcimonieuses, quoique fielleuses larmes, dont il l’avait l’habitude de payer les services de ceux qu’il avait eu soin d’exploiter d’abord, pour les mieux trahir ensuite.
Cette date reste désormais fameuse, où se constitua, de par le seul courage de quelques uns qui eurent l’esprit de saisir l’occasion quand elle était dans l’air, ce qu’il est convenu désormais d’appeler (selon le mot même que lança Monseigneur, et qui eut, à contrario de ses intentions, l’éclatante fortune qu’on sait) : l’Officine. Je veux parler évidemment de cette réunion de beaux esprits et d’hommes et femmes de cœur et de bravoure, qui, d’un coup, s’agrégea autour d’un mystérieux justicier, qui se fit d’abord nommer « Le Banni », puis, par dérision, à cause que le Régent avait employé ce mot un jour, afin de le désigner : « Le Chacal ».
Les frondeuses gens de l’Officine eurent maille à partir avec les créatures les plus dévouées à Monseigneur : en premier, le Petit Galeux dont j’ai plus haut parlé, qui écuma, bien entendu, de rage, à voir qu’on le dépassait sur le terrain qu’il s’était imaginé occuper, et qui, dès lors, fut la cible des quolibets du Chacal et de ses acolytes, qui s’amusèrent fort, et avec une drôlerie sans égale, à stigmatiser les travers, les maladresses et les ridicules de ce pitre inculte qui s’ingéniait à mal emboucher les trompettes de la Renommée, et à chanter les louanges publiques de Monseigneur comme s’il eût plutôt soufflé dans un aigre pipeau à trois notes, ou joué d’une cornemuse aux notes faussées.
Or d’autres agents, hommes de petite main et membres de la garde rapprochée de Monseigneur, attirés sans doute par la démangeaison ne se faire battre, et la volupté de se voir raillés sur la place, trouvèrent bon de prendre le même chemin, et (doit-on croire, poussés par leur Maître, et encouragés par son âme damnée le Comte de Beketchstein), s’essayèrent à se mesurer avec la verve redoutable de l’Officine, dont la seule existence, et le fait qu’elle publiât, preuves à l’appui, la vérité de son usurpation et fît partout justice de son imposture, était comme un clou dans l’escarpin du Régent, qui obligeait sa Grandeur à boiter, en empêchant heureusement que son mensonge pût continuer d’endormir l’opinion publique, d’égarer la ville et d’illusionner la Cour.
Parmi les porteurs de chaise et les videurs de cuvette de Monseigneur dévoués à plaisir à ces répugnantes besognes, se trouvaient également un militaire aux mœurs douteuses, qu’on nommait pour cela : la Caporale de la Jacquette, et un obscur faiseur de phrases, un de ces journalistes sans verve ni vertu, ou de ces rhétoriciens sans emploi, comme le Comte de Beketchstein aimait à en employer à rédiger les torchons qu’il appelait ses « libelles » ou ses « gazettes ». Ce piètre pisseur de copie se faisait appeler, quant à lui, et signait du nom de : Lesdiguières, voulant montrer par là, en reprenant à son compte ce nom d’un chancelier célèbre du Vert Galant, qu’il était tout dévoué à la cause de Monseigneur, - dont on sait que l’un des prénoms est celui-là même que portait le bon Roy Henri.
Tout ceci ne montra d’autre danger pour l’Officine que de manquer, maintes fois, la faire étouffer de rire, et n’offrira d’autre importance que de nous quelque peu divertir ainsi que de nous faire un tantinet nous dégourdir la plume, au fil d’un austère récit, et dans le cours des pages de ce Mémoire destiné à témoigner (ainsi que l’eût dit le grand Cicéron) des perdita tempora d’un Règne obscur et détestable…
Il y eut, parmi les méprisables fantoches que furent les créatures que Monseigneur stipendia à chanter sa gloire et à justifier partout l’éclat de son imposture, quatre autres vagues humanités sorties de nulle part, mais dont le rôle qu’ils tentèrent de jouer, et qu’on leur recommanda de remplir, est au parfait déshonneur du Maître qui les employa.
Ces pauvres hères n’eurent pour toute fortune que d’être désignés et commis aux pires bassesses par la faveur de celui qui en sut tirer toutes les misérables rancoeurs et les dérisoires ambitions qu’il y avait en eux, et, encore une fois, les flatter si bien dans leur petit orgueil, qu’ils en conçurent l’illusion d’être gens d’importance.
Dévoués comme il se doit, quand on n’est rien, mais qu’on vous élève à la dignité de pas grand-chose, ils se vouèrent si promptement, corps et âme (si tant est qu’ils en eussent une) à leur Maître, que celui-ci put sans grande peine les faire s’absorber aux plus humiliantes et répugnantes besognes, en lesquelles ces esprits minuscules virent la grâce qu’on leur accordait de donner enfin pleine mesure de leur nullité.
Ainsi, non content de leur confier tout d’abord des tâches qui pouvaient encore passer pour acceptables, dans le domaine de la sujétion aveugle et des travaux d’office, Monseigneur les employa bientôt à tout faire, leur consentant même ce qu’il leur désigna, sans qu’ils bronchassent, comme l’honneur de porter à eux quatre, par groupes de deux, la chaise de parade dont il avait coutume de faire usage, lorsqu’il lui plaisait de se rendre à Paris, chaque Lundi, pour s’y livrer à ce qu’il fut bientôt coutume de désigner comme « la comédie de son hebdomadaire adresse au Peuple ».
Mais pour parler de : « chaise », sa très petite Altesse eût bientôt la fantaisie de ne point seulement réserver à ces valets zélés le privilège de porter celle en laquelle il avait coutume de se déplacer sur les routes, mais aussi, de leur confier les soins de veiller à l’usage de celle où elle avait coutume de s’aller asseoir, lorsque la nature se faisait pressante à lui travailler l’entraille, et où l’on dit que quelque grand souverain qu’on soit, il convient d’aller seul, et de se rappeler qu’on n’y est assis que sur la partie la moins recommandable de soi-même. Ajoutons, pour que le tableau de ce postérieur que je livre à la postérité soit sans feinte pudeur, et que l’image que je me donne à peindre des ridicules du Régent soit complète, que même en ces endroits où le Roy se retire sans conseillers ni commensaux, Monseigneur ne cessait point de se croire assis plus haut que le commun, et qu'il avait fait tapisser de miroirs les murs de cette hygiénique retraite, afin de se pouvoir contempler avec complaisance, même en cette situation qui, pour beaucoup, ne relève point de la grandeur.
Il convient de s’étendre quelque peu sur le portrait de ces personnages, dont le succès de ridicule tiendra pour beaucoup au règne de Monseigneur sur le Royaume Courtois et sa Cour, et qui, sans que les circonstances eussent porté au trône un tel sinistre pitre, ne fussent jamais sortis de l’obscurité où ils finiront par rentrer, après avoir commis devant nous un tour de piste qui, pour tout dire et se montrer honnête, nous aura, à la fin, fort plaisamment diverti. Ces ridicules qu’on ne voudrait point voir, même affublés de masques, dans une farce italienne du signor Gozzi resteront en quelque sorte dans nos mémoires comme les figures grimaçantes et disgraciées dont les architectes gothiques agrémentaient les contreforts et les balustres des cathédrales, - à cette seule différence qu’elles n’auront été que les gargouilles d’une bien triste gouttière, aux pignons d’un édifice sans majesté.
En tête, venait immédiatement le plus pitoyable de tous, dont on a peine à dire si ses ridicules doivent susciter l’éclat de rire ou la commisération et dont, je pense, il nous sera difficile de donner sans paraître exagérer, le ressemblant portrait, tant sa bêtise et sa maladresse paraissent excéder le bon sens.
On vit, un jour, digne suppôt de son Maître dans la vol et l’accaparement du bien d’autrui, ce personnage apparaître, tout fraîchement sorti du fond de la plus morne et déshéritée des provinces, où sans nul doute, n’eût été le déplorable exemple de conduite que le Régent donna au plus haut de l’Etat, ne se fût jamais à ce point mêlé de se découvrir des prétentions à intervenir dans les affaires, et à faire l’important dans les antichambres. Comme nous l’avons dit, ces gens-là n’ont point de nom, mais se désignent eux-mêmes sous des sobriquets qu’on ne voit d’ordinaire usités qu’au sein des compagnies de brigands qui sévissent sur les routes, ou des associations de malfaiteurs qui tiennent le bas du pavé dans les faubourgs de la capitale.
Celui dont je m’emploierai ici à peindre l’épaisse et grossière figure était connu par ses semblables sous le nom de « Petit Galeux », et n’avait pour tout emploi (du moins : avouable et avoué) que celui de cantonnier, vivant et oeuvrant au plus retiré des marches de l’Est, dans ces pays dont on n’évoque point sans frissonner la désolation et la déshérence, et qui doivent donner à ceux qui même n’y font que passer en carrosse ou les traverser à la tête de nos armées, pour rejoindre les garnisons et les postes frontières du Rhin, l’idée de ce qu’est de vivre ici-bas dans quelque antichambre du Purgatoire.
Sachant à peine aligner deux lettres, et incapable de mettre ensemble trois mots sans insulter à la syntaxe et à l’orthographe (et il n’est même point la peine de parler ici de « style »…), ce vague-misère avait tout essayé en sa vie – excepté d’être pourvu de deux sous de bon sens -, et il avait finalement trouvé une sinécure en ces emplois où l’on ne demande à l’impétrant qu’à montrer les dispositions d’une parfaite inaptitude, afin de vaguer au non-service de l’Etat, mais avec paiement assuré chaque mois par les deniers de celui-ci.
Ce prétentieux imbécile nourrissait, comme toutes les médiocres qui se croient autorisés à tout oser ici-bas, les prétentions les plus hautes. Et il suffit qu’il vît Monseigneur usurper lui-même ce qui n’était point son bien au plus haut de l’échelle, pour qu’à sa petite altitude, il s’avisât de faire de même, et de se donner des Lettres et du crédit qu’il n’avait point, en lançant le plus diligent et zélé bureau de propagande, dévolu à chanter les louanges de Sa Très Minuscule Altesse, et à colporter, par les plus reculées des campagnes, les prétendus bienfaits de Celle-ci.
Il alla, bien entendu, pour cela, frapper à la porte du Comte de Beketchstein, qu’on sait avoir toujours été très heureux de pouvoir compter, pour relayer ses entreprises, sur les plus naïfs des sots facilement acquis à sa cause. Celui-ci, trop heureux de se voir offrir les services d’un si inespéré paysan, - non pour le coup, du Danube, mais de la Moselle -, le paya, en son habituelle monnaie de singe et de songe, de toutes les flatteries, et l’incita en son entreprise.
Or, il en était du Petit Galeux comme de ces gens qui, croyant tirer en l’air pour atteindre un faisan à la chasse, s’embrouillent si bien dans leurs chausses et agissent avec tant de maladresse, qu’ils finissent par tuer leur chien, quand ils ne se blessent point eux-mêmes mortellement. Au bout de quelque temps, cet impayable drôle finit par réussir à faire fermer son ouvroir, ayant dépassé les bornes de l’imprudence, et se croyant de par la protection dont il s’imaginait jouir, au-dessus de toute plainte et de tout danger au regard de certaines Lois du Royaume.
Autant dire qu’à cette occasion, son principal appui le Comte de Beketchstein en usa comme à son ordinaire, lorsqu’il avait fait porter le chapeau et recevoir les coups à sa place, par quelqu’une des créatures déshéritées qu’il avait l’habitude de pousser au vice, et qu’il se contenta de quelques paroles de compassion indignées, accompagnées de ces parcimonieuses, quoique fielleuses larmes, dont il l’avait l’habitude de payer les services de ceux qu’il avait eu soin d’exploiter d’abord, pour les mieux trahir ensuite.
Cette date reste désormais fameuse, où se constitua, de par le seul courage de quelques uns qui eurent l’esprit de saisir l’occasion quand elle était dans l’air, ce qu’il est convenu désormais d’appeler (selon le mot même que lança Monseigneur, et qui eut, à contrario de ses intentions, l’éclatante fortune qu’on sait) : l’Officine. Je veux parler évidemment de cette réunion de beaux esprits et d’hommes et femmes de cœur et de bravoure, qui, d’un coup, s’agrégea autour d’un mystérieux justicier, qui se fit d’abord nommer « Le Banni », puis, par dérision, à cause que le Régent avait employé ce mot un jour, afin de le désigner : « Le Chacal ».
Les frondeuses gens de l’Officine eurent maille à partir avec les créatures les plus dévouées à Monseigneur : en premier, le Petit Galeux dont j’ai plus haut parlé, qui écuma, bien entendu, de rage, à voir qu’on le dépassait sur le terrain qu’il s’était imaginé occuper, et qui, dès lors, fut la cible des quolibets du Chacal et de ses acolytes, qui s’amusèrent fort, et avec une drôlerie sans égale, à stigmatiser les travers, les maladresses et les ridicules de ce pitre inculte qui s’ingéniait à mal emboucher les trompettes de la Renommée, et à chanter les louanges publiques de Monseigneur comme s’il eût plutôt soufflé dans un aigre pipeau à trois notes, ou joué d’une cornemuse aux notes faussées.
Or d’autres agents, hommes de petite main et membres de la garde rapprochée de Monseigneur, attirés sans doute par la démangeaison ne se faire battre, et la volupté de se voir raillés sur la place, trouvèrent bon de prendre le même chemin, et (doit-on croire, poussés par leur Maître, et encouragés par son âme damnée le Comte de Beketchstein), s’essayèrent à se mesurer avec la verve redoutable de l’Officine, dont la seule existence, et le fait qu’elle publiât, preuves à l’appui, la vérité de son usurpation et fît partout justice de son imposture, était comme un clou dans l’escarpin du Régent, qui obligeait sa Grandeur à boiter, en empêchant heureusement que son mensonge pût continuer d’endormir l’opinion publique, d’égarer la ville et d’illusionner la Cour.
Parmi les porteurs de chaise et les videurs de cuvette de Monseigneur dévoués à plaisir à ces répugnantes besognes, se trouvaient également un militaire aux mœurs douteuses, qu’on nommait pour cela : la Caporale de la Jacquette, et un obscur faiseur de phrases, un de ces journalistes sans verve ni vertu, ou de ces rhétoriciens sans emploi, comme le Comte de Beketchstein aimait à en employer à rédiger les torchons qu’il appelait ses « libelles » ou ses « gazettes ». Ce piètre pisseur de copie se faisait appeler, quant à lui, et signait du nom de : Lesdiguières, voulant montrer par là, en reprenant à son compte ce nom d’un chancelier célèbre du Vert Galant, qu’il était tout dévoué à la cause de Monseigneur, - dont on sait que l’un des prénoms est celui-là même que portait le bon Roy Henri.
Tout ceci ne montra d’autre danger pour l’Officine que de manquer, maintes fois, la faire étouffer de rire, et n’offrira d’autre importance que de nous quelque peu divertir ainsi que de nous faire un tantinet nous dégourdir la plume, au fil d’un austère récit, et dans le cours des pages de ce Mémoire destiné à témoigner (ainsi que l’eût dit le grand Cicéron) des perdita tempora d’un Règne obscur et détestable…

Duc de Saint Sermon- Intervenant
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Date d'inscription: 23/01/2007
Re: SAINT-SERMON : LE LIVRE!
Tragi-comiques aventures de quelques Factieux aux Ordres : la « Corbeille de Fruits » de Monseigneur le Régent Lune -
Mais il convient pourtant, je crois, de s’y arrêter quelque peu, afin de mieux mesurer, une fois encore, comment les médiocrités s’attirent, et comme (selon l’adage) la preuve sera faite une fois de plus, « qu’à méchant Maître, on ne peut attendre que tristes valets ».
Dans les combats de plume et d’épée que mena l’Officine, et qui furent bien le seul geste de vertu de ces temps sans honneur, où chacun semblait avoir remis au fourreau son courage, le désormais célèbre « Chacal », qui avait comme on le sait, monté et qui dirigeait cette ardente confrérie de la bonne justice, s’illustra dans ses haines, - et non content de les déchaîner à bon escient contre d’aucuns petits malandrins envoyés par Monseigneur en service commandé, il eut soin de les orner d’une drôlerie et d’un esprit qui nous faisaient, de loin, prendre grand plaisir à en suivre les péripéties, et à en goûter les éclats.
Le Chacal se divertit fort particulièrement à poursuivre de ses flèches et de ses railleries les deux sicaires de Monseigneur dont j’ai dit plus haut les noms, - et avec, une rage et une attention toute particulière envers et contre l’un et l’autre, il s’obstina à les déshabiller des apparences, à démonter leurs ridicules, à nous désigner leurs tares, et nous peindre le portrait de ces pitres comme s’il les eût mis nus, et fessés en place publique. Il convient de redire combien la maladresse même et le manque d’aptitude à l’intrigue rendait caduques les desseins de ces misérables, - et l’on pourrait en dire ce qu’un jour, à Versailles, Monsieur le Grand m’avait confié de ce qu’il pensait qu’était Monseigneur : « Un drôle qui ne fait même point rire ».
La Caporette de la Jacquette eut particulièrement l’honneur d’exciter son ire et de servir à ses traits de raillerie. On n’ose à peine dire de cette créature (car le nom d’homme serait ici d’un emploi tout délicat, qui relèverait de l’euphémisme) qu’elle était « le trou de quelque chose qui se fût tenu pour le nombril de l’univers ». En tous points, on l’a vu, les serviteurs de Sa Très Minuscule Altesse lui ressemblent, et n’ont cure, même débusqués au grand jour dans leurs fautes, leurs travers et leurs manigances, de faire comme si de rien n’était, et de croire pouvoir afficher au dehors les apparences de la morale et de la vertu. Ainsi, la petite Caporale, montant sur les talons de ses bottes, et faisant tinter ses éperons, embouchait-elle sans honte ni vergogne la trompette de la renommée de son Maître, et sonnait-elle à tous vents les fanfares de la grandeur supposée du Régent, - alors que l’on savait que, pour l’ordinaire, elle était plutôt encline à se faire, comme le dit plaisamment la Princesse Baratine, à propos des mœurs de Monsieur son époux, « enfourner le pipeau par le trou du souffleur ».
Car, de même que ces Messieurs de la Confrérie de la Manchette que l’on voit, à la Cour, s’ébattre, s’esbaudir et froufrouter de toutes leurs dentelles autour de la Marquise de la Coutellerie et de sa chère et tendre Chevalière des Infusettes, la Caporale de la Jacquette penchait plutôt, pour les affaires d’alcôve et de déduit, de ce côté qu’on dit être, dans le Sérail du Grand Turc, la façon ordinaire que l’on a de se faire enfoncer la Sublime Porte, ou de se faire surprendre par derrière par quelque janissaire, au détour d’un des obscurs corridors du Palais de Topkapi. Ayant son régiment et ses quartiers installés tout près de Versailles, il n’était plus un buisson, plus un fourré, plus un hallier, plus une brindille même des bois de Satory qui ne la connût, - et ses escapades nocturnes, dont l’écho avait déjà défrayé les délices de la Cour, avait atteint le cercle des Salons où l’on cause, et se répandait même en des lieux moins relevés, ne l’empêchait point de se tenir pour un averti moraliste, et de donner des leçons et faire des corrections à quiconque s’avisait de seulement mettre en doute à ses oreilles la grandeur indiscutable et les décisions rien moins que sages ou avisées de Monseigneur.
Craintive, cependant, sous ses dehors de Rodomont ou derrière ses moulinets de sabre de Capitaine Matamore, la Caporale tremblait devant les drolatiques invectives que le Chacal lui lançait par libelles interposés, - libelles auxquels elle s’obstinait à vouloir répondre, en répandant de son côté, brochures et placards, - s’essayant à sa défense, ainsi qu’à celle de la cause de son Maître, sous les masques divers de tous les nez postiches et de tous les noms d’emprunt, - incognito derrière lesquels transparaissait sans apprêts, sans qu’on pût s’y laisser abuser, sa proverbiale maladresse, et sous quoi il n’était point malaisé, de reconnaître à tout coup ses perpétuels airs pincés de chaisière qu’on offense ou de patronnesse qui se fût assise par mégarde sur son livre de Messe.
Voulant sans doute jouer les Chevaliers d’Eon, - et parce que sans doute, ce dernier eut l’art de porter les atours du sexe dont notre caporale d’arrière garde rêvait à coup sûr, et fort secrètement, d’emprunter à son tour les fanfreluches et les dentelles, afin de mener dans l’alcôve les assauts de tranchée qu’elle avait peine à entreprendre sur le champ de bataille, elle se donna des airs d’agent secret de Monseigneur, et multiplia, partout où l’on causait, les mêmes identités de fortune dont elle avait coutume d’user ailleurs, afin d’aller, en tous mauvais lieux, rameuter et aguicher la basse ville avec des mines de fausse Marquise effarouchée.
Pimbêche en Diable, et mauvaise comme une teigne lâchée sur un cuir de galeux, elle ne parvenait qu’à indisposer le monde par l’effet de ses perpétuelles remontrances, et de ses risibles poses, - et bientôt définitivement compromise par les révélations qu’on fit de ses équipées nocturnes dans les allées sombres du Bosquet de la Reine et des fort peu orthodoxes cabrioles et fort peu martiales grandes manœuvres auxquelles elle s’y livrait, au clair de lune sur les gazons, elle n’eut plus d’autre recours, que de se retirer sous sa tente, - le mot lui allant comme un gant -, ou plutôt, dans son boudoir, d’où elle ne sortit plus, et où l’on pense qu’elle doit encore à ce jour continuer de ruminer sa rancœur.
Le dit Lesdiguières fut une autre source de joie pour les Messieurs de l’Officine, - et en particulier, pour le « Chacal », qui en fit ses délices, et qui l’élut, dès son apparition, comme sa victime de choix. Il faut dire que le pédantisme du personnage, ses affectations de fausses préciosités de plume, pour tout dire : la prétention ridicule avec laquelle il se voulait donner des airs de lettré, et ferrailler sur un terrain où la palme de l’esprit revenait sans conteste à ceux qu’il prétendait attaquer et réduire au silence, en faisaient la cible désignée de tous les quolibets. Reflétant lui aussi tous les travers et les défauts du Maître qu’il prétendait louer, défendre et servir, il soufflait un vent qu’il prenait pour une tempête, et s’autorisait à disserter avec des purismes de Trissotin, et d’asinesques cuistreries de Sorbonnagre, de tous les sujets qui lui étaient étrangers, - croyant qu’argumenter consiste à délayer, et que l’art de la dialectique consiste à pérorer dans les marges, il s’obstinait, tel l’ours de la Fable qui parvient à assommer son propre maître par excès de sollicitude, à écraser des mouches à coup d’insanes et indigestes pavés.
On sut quelque temps après que ce coupeur de poils du derrière en quatre, et même en huit ou en seize, avait été recommandé à Monseigneur par les soins du Comte de Beketchstein, et on put même se demander, à ce sujet, si celui-ci n’avait point (comme à son ordinaire) tenu secrètement la plume de l’insupportable phraseur. Il ne serait point interdit de le penser, car on retrouverait aisément, dans le ton de certaines pages échappées à ce piètre tâcheron, la creuse rhétorique du Comte, - qui, chacun le peut constater à lire ce qu’il eut la distraction fâcheuse de signer de son nom propre, a toujours eu la manie de déguiser le creux de sa pensée par l’enflure et la boursouflure excessive de ses mots, et s’est cru un prédicateur et un prophète d’Apocalypse, quand il n’était au fond qu’un montreur de méchants tours de cartes, un escamoteur, et un jeteur, aux yeux du monde, de poudre de perlimpinpin.
Pour en finir avec la destinée qui fut celle du drôle qui nous occupe, et pour rapporter en deux mots la fin de l’aventure, disons qu’un soir où il se retrouva par hasard, étant venu rôder de trop près aux entourages des parvis de la très puissante Officine, face à face, sans l’avoir prévu ni s’y être préparé, avec le terrible Chacal, le pauvre Lesdiguières, ignorant que faire, où fuir, autant que quelle contenance prendre… et sachant encore moins quoi répondre à son principal ennemi et persécuteur, demeura, sur le coup, tout interdit et si littéralement pétrifié par un tel saisissement, qu’il en fut aussitôt frappé d’apoplexie, et qu’il est à présent, d’après la rumeur qui court Paris, dans l’état du malheureux qui aurait vu en face le regard de la Méduse ou par mégarde contemplé le visage des Euménides, les jambes et la moitié du corps devenues raides comme un bout de bois, ne pouvant plus se mouvoir seul, et obligé d’être en tous lieux, même de sa table à ,son lit, porté en chaise, ainsi qu’il en était naguère du non moins, disgracié, malheureux et pitoyable auteur du Roman Comique.
Peut-être me reprochera-t-on d’avoir ici donné beaucoup d’importance à ce que d’aucuns nommeront, à la suite du grand Rabelais, une guerre de Pichrochole. Ce serait, à mon avis, se tromper, que de croire négligeable ce qui ne peut paraître, au tout début, que jeux d’enfants, et simples rivalités de coterie, - et ne verra-t-on point, me lisant, que le reflet de la médiocrité et de la bassesse d’un Règne ne se peut que trop aisément déceler, en tout ce que ce Règne produit et suscite, du sommet aux plus infimes extrémités, et que tout ce que l’homme d’esprit ou le sage peut railler, ou débusquer dans les plus petites choses n’est jamais que l’image de ce que nous montrent les plus hautes ?
La preuve la plus éclatante de ce que j’avance est qu’en peu de temps, Monseigneur lui-même fut avisé de tout le détail ces affaires, et qu’aussitôt qu’il eût mesuré le tapage et l’empire qu’elles commençaient de faire autour d’elles et de prendre sur l’opinion, sa crainte ne fit que grandir. Malgré qu’il affichât en apparence de grands airs supérieurs (on sait que ses grands airs ne sont que des coups de vent à faire tourner fous les moulins), et se piquât, avec une hautaine morgue, de ne point daigner accorder d’importance à ce qui se faisait en dehors de Versailles, le Régent commençait toutefois de trouver fort dérangeants, et propres à l’empêcher de dormir en paix sur son traversin d’imposture, ces bruits qu’on publiait, et qu’on relayait, de la réalité de ses complots passés et de ses actuelles manigances. Ce qui n’avait au début été qu’un murmure de fronde éclatait maintenant au grand jour, par la voix de l’Officine, dont le renom et l’audience semblaient augmenter, à mesure qu’il devenait à beaucoup de plus en plus évident que le règne s’embourbait dans son propre mensonge, et que Monseigneur ne recourait plus, afin de s’efforcer de conjurer sa perte, qu’à des voies de plus en plus outrées de tromperie, de censure et de coercition.
Mais il convient pourtant, je crois, de s’y arrêter quelque peu, afin de mieux mesurer, une fois encore, comment les médiocrités s’attirent, et comme (selon l’adage) la preuve sera faite une fois de plus, « qu’à méchant Maître, on ne peut attendre que tristes valets ».
Dans les combats de plume et d’épée que mena l’Officine, et qui furent bien le seul geste de vertu de ces temps sans honneur, où chacun semblait avoir remis au fourreau son courage, le désormais célèbre « Chacal », qui avait comme on le sait, monté et qui dirigeait cette ardente confrérie de la bonne justice, s’illustra dans ses haines, - et non content de les déchaîner à bon escient contre d’aucuns petits malandrins envoyés par Monseigneur en service commandé, il eut soin de les orner d’une drôlerie et d’un esprit qui nous faisaient, de loin, prendre grand plaisir à en suivre les péripéties, et à en goûter les éclats.
Le Chacal se divertit fort particulièrement à poursuivre de ses flèches et de ses railleries les deux sicaires de Monseigneur dont j’ai dit plus haut les noms, - et avec, une rage et une attention toute particulière envers et contre l’un et l’autre, il s’obstina à les déshabiller des apparences, à démonter leurs ridicules, à nous désigner leurs tares, et nous peindre le portrait de ces pitres comme s’il les eût mis nus, et fessés en place publique. Il convient de redire combien la maladresse même et le manque d’aptitude à l’intrigue rendait caduques les desseins de ces misérables, - et l’on pourrait en dire ce qu’un jour, à Versailles, Monsieur le Grand m’avait confié de ce qu’il pensait qu’était Monseigneur : « Un drôle qui ne fait même point rire ».
La Caporette de la Jacquette eut particulièrement l’honneur d’exciter son ire et de servir à ses traits de raillerie. On n’ose à peine dire de cette créature (car le nom d’homme serait ici d’un emploi tout délicat, qui relèverait de l’euphémisme) qu’elle était « le trou de quelque chose qui se fût tenu pour le nombril de l’univers ». En tous points, on l’a vu, les serviteurs de Sa Très Minuscule Altesse lui ressemblent, et n’ont cure, même débusqués au grand jour dans leurs fautes, leurs travers et leurs manigances, de faire comme si de rien n’était, et de croire pouvoir afficher au dehors les apparences de la morale et de la vertu. Ainsi, la petite Caporale, montant sur les talons de ses bottes, et faisant tinter ses éperons, embouchait-elle sans honte ni vergogne la trompette de la renommée de son Maître, et sonnait-elle à tous vents les fanfares de la grandeur supposée du Régent, - alors que l’on savait que, pour l’ordinaire, elle était plutôt encline à se faire, comme le dit plaisamment la Princesse Baratine, à propos des mœurs de Monsieur son époux, « enfourner le pipeau par le trou du souffleur ».
Car, de même que ces Messieurs de la Confrérie de la Manchette que l’on voit, à la Cour, s’ébattre, s’esbaudir et froufrouter de toutes leurs dentelles autour de la Marquise de la Coutellerie et de sa chère et tendre Chevalière des Infusettes, la Caporale de la Jacquette penchait plutôt, pour les affaires d’alcôve et de déduit, de ce côté qu’on dit être, dans le Sérail du Grand Turc, la façon ordinaire que l’on a de se faire enfoncer la Sublime Porte, ou de se faire surprendre par derrière par quelque janissaire, au détour d’un des obscurs corridors du Palais de Topkapi. Ayant son régiment et ses quartiers installés tout près de Versailles, il n’était plus un buisson, plus un fourré, plus un hallier, plus une brindille même des bois de Satory qui ne la connût, - et ses escapades nocturnes, dont l’écho avait déjà défrayé les délices de la Cour, avait atteint le cercle des Salons où l’on cause, et se répandait même en des lieux moins relevés, ne l’empêchait point de se tenir pour un averti moraliste, et de donner des leçons et faire des corrections à quiconque s’avisait de seulement mettre en doute à ses oreilles la grandeur indiscutable et les décisions rien moins que sages ou avisées de Monseigneur.
Craintive, cependant, sous ses dehors de Rodomont ou derrière ses moulinets de sabre de Capitaine Matamore, la Caporale tremblait devant les drolatiques invectives que le Chacal lui lançait par libelles interposés, - libelles auxquels elle s’obstinait à vouloir répondre, en répandant de son côté, brochures et placards, - s’essayant à sa défense, ainsi qu’à celle de la cause de son Maître, sous les masques divers de tous les nez postiches et de tous les noms d’emprunt, - incognito derrière lesquels transparaissait sans apprêts, sans qu’on pût s’y laisser abuser, sa proverbiale maladresse, et sous quoi il n’était point malaisé, de reconnaître à tout coup ses perpétuels airs pincés de chaisière qu’on offense ou de patronnesse qui se fût assise par mégarde sur son livre de Messe.
Voulant sans doute jouer les Chevaliers d’Eon, - et parce que sans doute, ce dernier eut l’art de porter les atours du sexe dont notre caporale d’arrière garde rêvait à coup sûr, et fort secrètement, d’emprunter à son tour les fanfreluches et les dentelles, afin de mener dans l’alcôve les assauts de tranchée qu’elle avait peine à entreprendre sur le champ de bataille, elle se donna des airs d’agent secret de Monseigneur, et multiplia, partout où l’on causait, les mêmes identités de fortune dont elle avait coutume d’user ailleurs, afin d’aller, en tous mauvais lieux, rameuter et aguicher la basse ville avec des mines de fausse Marquise effarouchée.
Pimbêche en Diable, et mauvaise comme une teigne lâchée sur un cuir de galeux, elle ne parvenait qu’à indisposer le monde par l’effet de ses perpétuelles remontrances, et de ses risibles poses, - et bientôt définitivement compromise par les révélations qu’on fit de ses équipées nocturnes dans les allées sombres du Bosquet de la Reine et des fort peu orthodoxes cabrioles et fort peu martiales grandes manœuvres auxquelles elle s’y livrait, au clair de lune sur les gazons, elle n’eut plus d’autre recours, que de se retirer sous sa tente, - le mot lui allant comme un gant -, ou plutôt, dans son boudoir, d’où elle ne sortit plus, et où l’on pense qu’elle doit encore à ce jour continuer de ruminer sa rancœur.
Le dit Lesdiguières fut une autre source de joie pour les Messieurs de l’Officine, - et en particulier, pour le « Chacal », qui en fit ses délices, et qui l’élut, dès son apparition, comme sa victime de choix. Il faut dire que le pédantisme du personnage, ses affectations de fausses préciosités de plume, pour tout dire : la prétention ridicule avec laquelle il se voulait donner des airs de lettré, et ferrailler sur un terrain où la palme de l’esprit revenait sans conteste à ceux qu’il prétendait attaquer et réduire au silence, en faisaient la cible désignée de tous les quolibets. Reflétant lui aussi tous les travers et les défauts du Maître qu’il prétendait louer, défendre et servir, il soufflait un vent qu’il prenait pour une tempête, et s’autorisait à disserter avec des purismes de Trissotin, et d’asinesques cuistreries de Sorbonnagre, de tous les sujets qui lui étaient étrangers, - croyant qu’argumenter consiste à délayer, et que l’art de la dialectique consiste à pérorer dans les marges, il s’obstinait, tel l’ours de la Fable qui parvient à assommer son propre maître par excès de sollicitude, à écraser des mouches à coup d’insanes et indigestes pavés.
On sut quelque temps après que ce coupeur de poils du derrière en quatre, et même en huit ou en seize, avait été recommandé à Monseigneur par les soins du Comte de Beketchstein, et on put même se demander, à ce sujet, si celui-ci n’avait point (comme à son ordinaire) tenu secrètement la plume de l’insupportable phraseur. Il ne serait point interdit de le penser, car on retrouverait aisément, dans le ton de certaines pages échappées à ce piètre tâcheron, la creuse rhétorique du Comte, - qui, chacun le peut constater à lire ce qu’il eut la distraction fâcheuse de signer de son nom propre, a toujours eu la manie de déguiser le creux de sa pensée par l’enflure et la boursouflure excessive de ses mots, et s’est cru un prédicateur et un prophète d’Apocalypse, quand il n’était au fond qu’un montreur de méchants tours de cartes, un escamoteur, et un jeteur, aux yeux du monde, de poudre de perlimpinpin.
Pour en finir avec la destinée qui fut celle du drôle qui nous occupe, et pour rapporter en deux mots la fin de l’aventure, disons qu’un soir où il se retrouva par hasard, étant venu rôder de trop près aux entourages des parvis de la très puissante Officine, face à face, sans l’avoir prévu ni s’y être préparé, avec le terrible Chacal, le pauvre Lesdiguières, ignorant que faire, où fuir, autant que quelle contenance prendre… et sachant encore moins quoi répondre à son principal ennemi et persécuteur, demeura, sur le coup, tout interdit et si littéralement pétrifié par un tel saisissement, qu’il en fut aussitôt frappé d’apoplexie, et qu’il est à présent, d’après la rumeur qui court Paris, dans l’état du malheureux qui aurait vu en face le regard de la Méduse ou par mégarde contemplé le visage des Euménides, les jambes et la moitié du corps devenues raides comme un bout de bois, ne pouvant plus se mouvoir seul, et obligé d’être en tous lieux, même de sa table à ,son lit, porté en chaise, ainsi qu’il en était naguère du non moins, disgracié, malheureux et pitoyable auteur du Roman Comique.
Peut-être me reprochera-t-on d’avoir ici donné beaucoup d’importance à ce que d’aucuns nommeront, à la suite du grand Rabelais, une guerre de Pichrochole. Ce serait, à mon avis, se tromper, que de croire négligeable ce qui ne peut paraître, au tout début, que jeux d’enfants, et simples rivalités de coterie, - et ne verra-t-on point, me lisant, que le reflet de la médiocrité et de la bassesse d’un Règne ne se peut que trop aisément déceler, en tout ce que ce Règne produit et suscite, du sommet aux plus infimes extrémités, et que tout ce que l’homme d’esprit ou le sage peut railler, ou débusquer dans les plus petites choses n’est jamais que l’image de ce que nous montrent les plus hautes ?
La preuve la plus éclatante de ce que j’avance est qu’en peu de temps, Monseigneur lui-même fut avisé de tout le détail ces affaires, et qu’aussitôt qu’il eût mesuré le tapage et l’empire qu’elles commençaient de faire autour d’elles et de prendre sur l’opinion, sa crainte ne fit que grandir. Malgré qu’il affichât en apparence de grands airs supérieurs (on sait que ses grands airs ne sont que des coups de vent à faire tourner fous les moulins), et se piquât, avec une hautaine morgue, de ne point daigner accorder d’importance à ce qui se faisait en dehors de Versailles, le Régent commençait toutefois de trouver fort dérangeants, et propres à l’empêcher de dormir en paix sur son traversin d’imposture, ces bruits qu’on publiait, et qu’on relayait, de la réalité de ses complots passés et de ses actuelles manigances. Ce qui n’avait au début été qu’un murmure de fronde éclatait maintenant au grand jour, par la voix de l’Officine, dont le renom et l’audience semblaient augmenter, à mesure qu’il devenait à beaucoup de plus en plus évident que le règne s’embourbait dans son propre mensonge, et que Monseigneur ne recourait plus, afin de s’efforcer de conjurer sa perte, qu’à des voies de plus en plus outrées de tromperie, de censure et de coercition.

Duc de Saint Sermon- Intervenant
- Nombre de messages: 18
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Date d'inscription: 23/01/2007

Rantanplan- Bavard
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Date d'inscription: 25/01/2007
Re: SAINT-SERMON : LE LIVRE!
Monseigneur est bien trop bon de nous gratifier de ces extraits si délicieux (l'exercice de style est parfait), si réalistes et si drolatiques.
Mais Monseigneur le Duc n'a pas intérêt non plus à poster ici tout le bouquin ici sinon il ne vendra rien
Que soit remercié également le très redouté Archange Saint-Georges, Bras séculier du FL, Grand Pourfendeur de trolls et factieux, d'avoir su se montrer si convaincant et de nous avoir obtenu la primeur mondiale de ce chef d'œuvre qui empêche le Roi-Lune de Versailles de dormir et d'usurper en rond.
Avec mon estime.
Mais Monseigneur le Duc n'a pas intérêt non plus à poster ici tout le bouquin ici sinon il ne vendra rien
Que soit remercié également le très redouté Archange Saint-Georges, Bras séculier du FL, Grand Pourfendeur de trolls et factieux, d'avoir su se montrer si convaincant et de nous avoir obtenu la primeur mondiale de ce chef d'œuvre qui empêche le Roi-Lune de Versailles de dormir et d'usurper en rond.

Avec mon estime.
Re: SAINT-SERMON : LE LIVRE!
Post ou pas, si Monseigneur le Duc présente et dédicace son livre dans les librairies de Versailles, il y aura foule!
En tout cas merci pour ces posts qui participent à l'esprit si particulier et si stimulant du Forum Libéré!
En tout cas merci pour ces posts qui participent à l'esprit si particulier et si stimulant du Forum Libéré!

henri- Habitué
- Nombre de messages: 124
Age: 50
Localisation: Versailles
Réputation: 5
Date d'inscription: 27/02/2007
Re: SAINT-SERMON : LE LIVRE!
Mon cher,
nous vous sommes reconnaissants pour ces encouragements.
Précisons que l'oeuvre de Monseigneur ne porte que pour une infime part sur les valets de pieds du Génie des Yvelines sur la toile. Monseigneur le Duc a juste voulu faire un clin d'oeil à la divertissante cyberguéguerre, bien derrière nous d'ailleurs si j'en crois l'échec patent de la propagande de SAV sur le net. Sa seigneurie fut bien mal servie, il est vrai.
J'ajoute que les extraits présentés ici ne reflètent pas forcément la version définitive. Parution dans très peu de temps.
Bav.
nous vous sommes reconnaissants pour ces encouragements.
Précisons que l'oeuvre de Monseigneur ne porte que pour une infime part sur les valets de pieds du Génie des Yvelines sur la toile. Monseigneur le Duc a juste voulu faire un clin d'oeil à la divertissante cyberguéguerre, bien derrière nous d'ailleurs si j'en crois l'échec patent de la propagande de SAV sur le net. Sa seigneurie fut bien mal servie, il est vrai.
J'ajoute que les extraits présentés ici ne reflètent pas forcément la version définitive. Parution dans très peu de temps.
Bav.
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