SAINT-SERMON : LE LIVRE!
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Re: SAINT-SERMON : LE LIVRE!
Tragi-comiques aventures de quelques Factieux aux Ordres : la « Corbeille de Fruits » de Monseigneur le Régent Lune -
Mais il convient pourtant, je crois, de s’y arrêter quelque peu, afin de mieux mesurer, une fois encore, comment les médiocrités s’attirent, et comme (selon l’adage) la preuve sera faite une fois de plus, « qu’à méchant Maître, on ne peut attendre que tristes valets ».
Dans les combats de plume et d’épée que mena l’Officine, et qui furent bien le seul geste de vertu de ces temps sans honneur, où chacun semblait avoir remis au fourreau son courage, le désormais célèbre « Chacal », qui avait comme on le sait, monté et qui dirigeait cette ardente confrérie de la bonne justice, s’illustra dans ses haines, - et non content de les déchaîner à bon escient contre d’aucuns petits malandrins envoyés par Monseigneur en service commandé, il eut soin de les orner d’une drôlerie et d’un esprit qui nous faisaient, de loin, prendre grand plaisir à en suivre les péripéties, et à en goûter les éclats.
Le Chacal se divertit fort particulièrement à poursuivre de ses flèches et de ses railleries les deux sicaires de Monseigneur dont j’ai dit plus haut les noms, - et avec, une rage et une attention toute particulière envers et contre l’un et l’autre, il s’obstina à les déshabiller des apparences, à démonter leurs ridicules, à nous désigner leurs tares, et nous peindre le portrait de ces pitres comme s’il les eût mis nus, et fessés en place publique. Il convient de redire combien la maladresse même et le manque d’aptitude à l’intrigue rendait caduques les desseins de ces misérables, - et l’on pourrait en dire ce qu’un jour, à Versailles, Monsieur le Grand m’avait confié de ce qu’il pensait qu’était Monseigneur : « Un drôle qui ne fait même point rire ».
La Caporette de la Jacquette eut particulièrement l’honneur d’exciter son ire et de servir à ses traits de raillerie. On n’ose à peine dire de cette créature (car le nom d’homme serait ici d’un emploi tout délicat, qui relèverait de l’euphémisme) qu’elle était « le trou de quelque chose qui se fût tenu pour le nombril de l’univers ». En tous points, on l’a vu, les serviteurs de Sa Très Minuscule Altesse lui ressemblent, et n’ont cure, même débusqués au grand jour dans leurs fautes, leurs travers et leurs manigances, de faire comme si de rien n’était, et de croire pouvoir afficher au dehors les apparences de la morale et de la vertu. Ainsi, la petite Caporale, montant sur les talons de ses bottes, et faisant tinter ses éperons, embouchait-elle sans honte ni vergogne la trompette de la renommée de son Maître, et sonnait-elle à tous vents les fanfares de la grandeur supposée du Régent, - alors que l’on savait que, pour l’ordinaire, elle était plutôt encline à se faire, comme le dit plaisamment la Princesse Baratine, à propos des mœurs de Monsieur son époux, « enfourner le pipeau par le trou du souffleur ».
Car, de même que ces Messieurs de la Confrérie de la Manchette que l’on voit, à la Cour, s’ébattre, s’esbaudir et froufrouter de toutes leurs dentelles autour de la Marquise de la Coutellerie et de sa chère et tendre Chevalière des Infusettes, la Caporale de la Jacquette penchait plutôt, pour les affaires d’alcôve et de déduit, de ce côté qu’on dit être, dans le Sérail du Grand Turc, la façon ordinaire que l’on a de se faire enfoncer la Sublime Porte, ou de se faire surprendre par derrière par quelque janissaire, au détour d’un des obscurs corridors du Palais de Topkapi. Ayant son régiment et ses quartiers installés tout près de Versailles, il n’était plus un buisson, plus un fourré, plus un hallier, plus une brindille même des bois de Satory qui ne la connût, - et ses escapades nocturnes, dont l’écho avait déjà défrayé les délices de la Cour, avait atteint le cercle des Salons où l’on cause, et se répandait même en des lieux moins relevés, ne l’empêchait point de se tenir pour un averti moraliste, et de donner des leçons et faire des corrections à quiconque s’avisait de seulement mettre en doute à ses oreilles la grandeur indiscutable et les décisions rien moins que sages ou avisées de Monseigneur.
Craintive, cependant, sous ses dehors de Rodomont ou derrière ses moulinets de sabre de Capitaine Matamore, la Caporale tremblait devant les drolatiques invectives que le Chacal lui lançait par libelles interposés, - libelles auxquels elle s’obstinait à vouloir répondre, en répandant de son côté, brochures et placards, - s’essayant à sa défense, ainsi qu’à celle de la cause de son Maître, sous les masques divers de tous les nez postiches et de tous les noms d’emprunt, - incognito derrière lesquels transparaissait sans apprêts, sans qu’on pût s’y laisser abuser, sa proverbiale maladresse, et sous quoi il n’était point malaisé, de reconnaître à tout coup ses perpétuels airs pincés de chaisière qu’on offense ou de patronnesse qui se fût assise par mégarde sur son livre de Messe.
Voulant sans doute jouer les Chevaliers d’Eon, - et parce que sans doute, ce dernier eut l’art de porter les atours du sexe dont notre caporale d’arrière garde rêvait à coup sûr, et fort secrètement, d’emprunter à son tour les fanfreluches et les dentelles, afin de mener dans l’alcôve les assauts de tranchée qu’elle avait peine à entreprendre sur le champ de bataille, elle se donna des airs d’agent secret de Monseigneur, et multiplia, partout où l’on causait, les mêmes identités de fortune dont elle avait coutume d’user ailleurs, afin d’aller, en tous mauvais lieux, rameuter et aguicher la basse ville avec des mines de fausse Marquise effarouchée.
Pimbêche en Diable, et mauvaise comme une teigne lâchée sur un cuir de galeux, elle ne parvenait qu’à indisposer le monde par l’effet de ses perpétuelles remontrances, et de ses risibles poses, - et bientôt définitivement compromise par les révélations qu’on fit de ses équipées nocturnes dans les allées sombres du Bosquet de la Reine et des fort peu orthodoxes cabrioles et fort peu martiales grandes manœuvres auxquelles elle s’y livrait, au clair de lune sur les gazons, elle n’eut plus d’autre recours, que de se retirer sous sa tente, - le mot lui allant comme un gant -, ou plutôt, dans son boudoir, d’où elle ne sortit plus, et où l’on pense qu’elle doit encore à ce jour continuer de ruminer sa rancœur.
Le dit Lesdiguières fut une autre source de joie pour les Messieurs de l’Officine, - et en particulier, pour le « Chacal », qui en fit ses délices, et qui l’élut, dès son apparition, comme sa victime de choix. Il faut dire que le pédantisme du personnage, ses affectations de fausses préciosités de plume, pour tout dire : la prétention ridicule avec laquelle il se voulait donner des airs de lettré, et ferrailler sur un terrain où la palme de l’esprit revenait sans conteste à ceux qu’il prétendait attaquer et réduire au silence, en faisaient la cible désignée de tous les quolibets. Reflétant lui aussi tous les travers et les défauts du Maître qu’il prétendait louer, défendre et servir, il soufflait un vent qu’il prenait pour une tempête, et s’autorisait à disserter avec des purismes de Trissotin, et d’asinesques cuistreries de Sorbonnagre, de tous les sujets qui lui étaient étrangers, - croyant qu’argumenter consiste à délayer, et que l’art de la dialectique consiste à pérorer dans les marges, il s’obstinait, tel l’ours de la Fable qui parvient à assommer son propre maître par excès de sollicitude, à écraser des mouches à coup d’insanes et indigestes pavés.
On sut quelque temps après que ce coupeur de poils du derrière en quatre, et même en huit ou en seize, avait été recommandé à Monseigneur par les soins du Comte de Beketchstein, et on put même se demander, à ce sujet, si celui-ci n’avait point (comme à son ordinaire) tenu secrètement la plume de l’insupportable phraseur. Il ne serait point interdit de le penser, car on retrouverait aisément, dans le ton de certaines pages échappées à ce piètre tâcheron, la creuse rhétorique du Comte, - qui, chacun le peut constater à lire ce qu’il eut la distraction fâcheuse de signer de son nom propre, a toujours eu la manie de déguiser le creux de sa pensée par l’enflure et la boursouflure excessive de ses mots, et s’est cru un prédicateur et un prophète d’Apocalypse, quand il n’était au fond qu’un montreur de méchants tours de cartes, un escamoteur, et un jeteur, aux yeux du monde, de poudre de perlimpinpin.
Pour en finir avec la destinée qui fut celle du drôle qui nous occupe, et pour rapporter en deux mots la fin de l’aventure, disons qu’un soir où il se retrouva par hasard, étant venu rôder de trop près aux entourages des parvis de la très puissante Officine, face à face, sans l’avoir prévu ni s’y être préparé, avec le terrible Chacal, le pauvre Lesdiguières, ignorant que faire, où fuir, autant que quelle contenance prendre… et sachant encore moins quoi répondre à son principal ennemi et persécuteur, demeura, sur le coup, tout interdit et si littéralement pétrifié par un tel saisissement, qu’il en fut aussitôt frappé d’apoplexie, et qu’il est à présent, d’après la rumeur qui court Paris, dans l’état du malheureux qui aurait vu en face le regard de la Méduse ou par mégarde contemplé le visage des Euménides, les jambes et la moitié du corps devenues raides comme un bout de bois, ne pouvant plus se mouvoir seul, et obligé d’être en tous lieux, même de sa table à ,son lit, porté en chaise, ainsi qu’il en était naguère du non moins, disgracié, malheureux et pitoyable auteur du Roman Comique.
Peut-être me reprochera-t-on d’avoir ici donné beaucoup d’importance à ce que d’aucuns nommeront, à la suite du grand Rabelais, une guerre de Pichrochole. Ce serait, à mon avis, se tromper, que de croire négligeable ce qui ne peut paraître, au tout début, que jeux d’enfants, et simples rivalités de coterie, - et ne verra-t-on point, me lisant, que le reflet de la médiocrité et de la bassesse d’un Règne ne se peut que trop aisément déceler, en tout ce que ce Règne produit et suscite, du sommet aux plus infimes extrémités, et que tout ce que l’homme d’esprit ou le sage peut railler, ou débusquer dans les plus petites choses n’est jamais que l’image de ce que nous montrent les plus hautes ?
La preuve la plus éclatante de ce que j’avance est qu’en peu de temps, Monseigneur lui-même fut avisé de tout le détail ces affaires, et qu’aussitôt qu’il eût mesuré le tapage et l’empire qu’elles commençaient de faire autour d’elles et de prendre sur l’opinion, sa crainte ne fit que grandir. Malgré qu’il affichât en apparence de grands airs supérieurs (on sait que ses grands airs ne sont que des coups de vent à faire tourner fous les moulins), et se piquât, avec une hautaine morgue, de ne point daigner accorder d’importance à ce qui se faisait en dehors de Versailles, le Régent commençait toutefois de trouver fort dérangeants, et propres à l’empêcher de dormir en paix sur son traversin d’imposture, ces bruits qu’on publiait, et qu’on relayait, de la réalité de ses complots passés et de ses actuelles manigances. Ce qui n’avait au début été qu’un murmure de fronde éclatait maintenant au grand jour, par la voix de l’Officine, dont le renom et l’audience semblaient augmenter, à mesure qu’il devenait à beaucoup de plus en plus évident que le règne s’embourbait dans son propre mensonge, et que Monseigneur ne recourait plus, afin de s’efforcer de conjurer sa perte, qu’à des voies de plus en plus outrées de tromperie, de censure et de coercition.
Mais il convient pourtant, je crois, de s’y arrêter quelque peu, afin de mieux mesurer, une fois encore, comment les médiocrités s’attirent, et comme (selon l’adage) la preuve sera faite une fois de plus, « qu’à méchant Maître, on ne peut attendre que tristes valets ».
Dans les combats de plume et d’épée que mena l’Officine, et qui furent bien le seul geste de vertu de ces temps sans honneur, où chacun semblait avoir remis au fourreau son courage, le désormais célèbre « Chacal », qui avait comme on le sait, monté et qui dirigeait cette ardente confrérie de la bonne justice, s’illustra dans ses haines, - et non content de les déchaîner à bon escient contre d’aucuns petits malandrins envoyés par Monseigneur en service commandé, il eut soin de les orner d’une drôlerie et d’un esprit qui nous faisaient, de loin, prendre grand plaisir à en suivre les péripéties, et à en goûter les éclats.
Le Chacal se divertit fort particulièrement à poursuivre de ses flèches et de ses railleries les deux sicaires de Monseigneur dont j’ai dit plus haut les noms, - et avec, une rage et une attention toute particulière envers et contre l’un et l’autre, il s’obstina à les déshabiller des apparences, à démonter leurs ridicules, à nous désigner leurs tares, et nous peindre le portrait de ces pitres comme s’il les eût mis nus, et fessés en place publique. Il convient de redire combien la maladresse même et le manque d’aptitude à l’intrigue rendait caduques les desseins de ces misérables, - et l’on pourrait en dire ce qu’un jour, à Versailles, Monsieur le Grand m’avait confié de ce qu’il pensait qu’était Monseigneur : « Un drôle qui ne fait même point rire ».
La Caporette de la Jacquette eut particulièrement l’honneur d’exciter son ire et de servir à ses traits de raillerie. On n’ose à peine dire de cette créature (car le nom d’homme serait ici d’un emploi tout délicat, qui relèverait de l’euphémisme) qu’elle était « le trou de quelque chose qui se fût tenu pour le nombril de l’univers ». En tous points, on l’a vu, les serviteurs de Sa Très Minuscule Altesse lui ressemblent, et n’ont cure, même débusqués au grand jour dans leurs fautes, leurs travers et leurs manigances, de faire comme si de rien n’était, et de croire pouvoir afficher au dehors les apparences de la morale et de la vertu. Ainsi, la petite Caporale, montant sur les talons de ses bottes, et faisant tinter ses éperons, embouchait-elle sans honte ni vergogne la trompette de la renommée de son Maître, et sonnait-elle à tous vents les fanfares de la grandeur supposée du Régent, - alors que l’on savait que, pour l’ordinaire, elle était plutôt encline à se faire, comme le dit plaisamment la Princesse Baratine, à propos des mœurs de Monsieur son époux, « enfourner le pipeau par le trou du souffleur ».
Car, de même que ces Messieurs de la Confrérie de la Manchette que l’on voit, à la Cour, s’ébattre, s’esbaudir et froufrouter de toutes leurs dentelles autour de la Marquise de la Coutellerie et de sa chère et tendre Chevalière des Infusettes, la Caporale de la Jacquette penchait plutôt, pour les affaires d’alcôve et de déduit, de ce côté qu’on dit être, dans le Sérail du Grand Turc, la façon ordinaire que l’on a de se faire enfoncer la Sublime Porte, ou de se faire surprendre par derrière par quelque janissaire, au détour d’un des obscurs corridors du Palais de Topkapi. Ayant son régiment et ses quartiers installés tout près de Versailles, il n’était plus un buisson, plus un fourré, plus un hallier, plus une brindille même des bois de Satory qui ne la connût, - et ses escapades nocturnes, dont l’écho avait déjà défrayé les délices de la Cour, avait atteint le cercle des Salons où l’on cause, et se répandait même en des lieux moins relevés, ne l’empêchait point de se tenir pour un averti moraliste, et de donner des leçons et faire des corrections à quiconque s’avisait de seulement mettre en doute à ses oreilles la grandeur indiscutable et les décisions rien moins que sages ou avisées de Monseigneur.
Craintive, cependant, sous ses dehors de Rodomont ou derrière ses moulinets de sabre de Capitaine Matamore, la Caporale tremblait devant les drolatiques invectives que le Chacal lui lançait par libelles interposés, - libelles auxquels elle s’obstinait à vouloir répondre, en répandant de son côté, brochures et placards, - s’essayant à sa défense, ainsi qu’à celle de la cause de son Maître, sous les masques divers de tous les nez postiches et de tous les noms d’emprunt, - incognito derrière lesquels transparaissait sans apprêts, sans qu’on pût s’y laisser abuser, sa proverbiale maladresse, et sous quoi il n’était point malaisé, de reconnaître à tout coup ses perpétuels airs pincés de chaisière qu’on offense ou de patronnesse qui se fût assise par mégarde sur son livre de Messe.
Voulant sans doute jouer les Chevaliers d’Eon, - et parce que sans doute, ce dernier eut l’art de porter les atours du sexe dont notre caporale d’arrière garde rêvait à coup sûr, et fort secrètement, d’emprunter à son tour les fanfreluches et les dentelles, afin de mener dans l’alcôve les assauts de tranchée qu’elle avait peine à entreprendre sur le champ de bataille, elle se donna des airs d’agent secret de Monseigneur, et multiplia, partout où l’on causait, les mêmes identités de fortune dont elle avait coutume d’user ailleurs, afin d’aller, en tous mauvais lieux, rameuter et aguicher la basse ville avec des mines de fausse Marquise effarouchée.
Pimbêche en Diable, et mauvaise comme une teigne lâchée sur un cuir de galeux, elle ne parvenait qu’à indisposer le monde par l’effet de ses perpétuelles remontrances, et de ses risibles poses, - et bientôt définitivement compromise par les révélations qu’on fit de ses équipées nocturnes dans les allées sombres du Bosquet de la Reine et des fort peu orthodoxes cabrioles et fort peu martiales grandes manœuvres auxquelles elle s’y livrait, au clair de lune sur les gazons, elle n’eut plus d’autre recours, que de se retirer sous sa tente, - le mot lui allant comme un gant -, ou plutôt, dans son boudoir, d’où elle ne sortit plus, et où l’on pense qu’elle doit encore à ce jour continuer de ruminer sa rancœur.
Le dit Lesdiguières fut une autre source de joie pour les Messieurs de l’Officine, - et en particulier, pour le « Chacal », qui en fit ses délices, et qui l’élut, dès son apparition, comme sa victime de choix. Il faut dire que le pédantisme du personnage, ses affectations de fausses préciosités de plume, pour tout dire : la prétention ridicule avec laquelle il se voulait donner des airs de lettré, et ferrailler sur un terrain où la palme de l’esprit revenait sans conteste à ceux qu’il prétendait attaquer et réduire au silence, en faisaient la cible désignée de tous les quolibets. Reflétant lui aussi tous les travers et les défauts du Maître qu’il prétendait louer, défendre et servir, il soufflait un vent qu’il prenait pour une tempête, et s’autorisait à disserter avec des purismes de Trissotin, et d’asinesques cuistreries de Sorbonnagre, de tous les sujets qui lui étaient étrangers, - croyant qu’argumenter consiste à délayer, et que l’art de la dialectique consiste à pérorer dans les marges, il s’obstinait, tel l’ours de la Fable qui parvient à assommer son propre maître par excès de sollicitude, à écraser des mouches à coup d’insanes et indigestes pavés.
On sut quelque temps après que ce coupeur de poils du derrière en quatre, et même en huit ou en seize, avait été recommandé à Monseigneur par les soins du Comte de Beketchstein, et on put même se demander, à ce sujet, si celui-ci n’avait point (comme à son ordinaire) tenu secrètement la plume de l’insupportable phraseur. Il ne serait point interdit de le penser, car on retrouverait aisément, dans le ton de certaines pages échappées à ce piètre tâcheron, la creuse rhétorique du Comte, - qui, chacun le peut constater à lire ce qu’il eut la distraction fâcheuse de signer de son nom propre, a toujours eu la manie de déguiser le creux de sa pensée par l’enflure et la boursouflure excessive de ses mots, et s’est cru un prédicateur et un prophète d’Apocalypse, quand il n’était au fond qu’un montreur de méchants tours de cartes, un escamoteur, et un jeteur, aux yeux du monde, de poudre de perlimpinpin.
Pour en finir avec la destinée qui fut celle du drôle qui nous occupe, et pour rapporter en deux mots la fin de l’aventure, disons qu’un soir où il se retrouva par hasard, étant venu rôder de trop près aux entourages des parvis de la très puissante Officine, face à face, sans l’avoir prévu ni s’y être préparé, avec le terrible Chacal, le pauvre Lesdiguières, ignorant que faire, où fuir, autant que quelle contenance prendre… et sachant encore moins quoi répondre à son principal ennemi et persécuteur, demeura, sur le coup, tout interdit et si littéralement pétrifié par un tel saisissement, qu’il en fut aussitôt frappé d’apoplexie, et qu’il est à présent, d’après la rumeur qui court Paris, dans l’état du malheureux qui aurait vu en face le regard de la Méduse ou par mégarde contemplé le visage des Euménides, les jambes et la moitié du corps devenues raides comme un bout de bois, ne pouvant plus se mouvoir seul, et obligé d’être en tous lieux, même de sa table à ,son lit, porté en chaise, ainsi qu’il en était naguère du non moins, disgracié, malheureux et pitoyable auteur du Roman Comique.
Peut-être me reprochera-t-on d’avoir ici donné beaucoup d’importance à ce que d’aucuns nommeront, à la suite du grand Rabelais, une guerre de Pichrochole. Ce serait, à mon avis, se tromper, que de croire négligeable ce qui ne peut paraître, au tout début, que jeux d’enfants, et simples rivalités de coterie, - et ne verra-t-on point, me lisant, que le reflet de la médiocrité et de la bassesse d’un Règne ne se peut que trop aisément déceler, en tout ce que ce Règne produit et suscite, du sommet aux plus infimes extrémités, et que tout ce que l’homme d’esprit ou le sage peut railler, ou débusquer dans les plus petites choses n’est jamais que l’image de ce que nous montrent les plus hautes ?
La preuve la plus éclatante de ce que j’avance est qu’en peu de temps, Monseigneur lui-même fut avisé de tout le détail ces affaires, et qu’aussitôt qu’il eût mesuré le tapage et l’empire qu’elles commençaient de faire autour d’elles et de prendre sur l’opinion, sa crainte ne fit que grandir. Malgré qu’il affichât en apparence de grands airs supérieurs (on sait que ses grands airs ne sont que des coups de vent à faire tourner fous les moulins), et se piquât, avec une hautaine morgue, de ne point daigner accorder d’importance à ce qui se faisait en dehors de Versailles, le Régent commençait toutefois de trouver fort dérangeants, et propres à l’empêcher de dormir en paix sur son traversin d’imposture, ces bruits qu’on publiait, et qu’on relayait, de la réalité de ses complots passés et de ses actuelles manigances. Ce qui n’avait au début été qu’un murmure de fronde éclatait maintenant au grand jour, par la voix de l’Officine, dont le renom et l’audience semblaient augmenter, à mesure qu’il devenait à beaucoup de plus en plus évident que le règne s’embourbait dans son propre mensonge, et que Monseigneur ne recourait plus, afin de s’efforcer de conjurer sa perte, qu’à des voies de plus en plus outrées de tromperie, de censure et de coercition.
Re: SAINT-SERMON : LE LIVRE!
Monseigneur est bien trop bon de nous gratifier de ces extraits si délicieux (l'exercice de style est parfait), si réalistes et si drolatiques.
Mais Monseigneur le Duc n'a pas intérêt non plus à poster ici tout le bouquin ici sinon il ne vendra rien
Que soit remercié également le très redouté Archange Saint-Georges, Bras séculier du FL, Grand Pourfendeur de trolls et factieux, d'avoir su se montrer si convaincant et de nous avoir obtenu la primeur mondiale de ce chef d'œuvre qui empêche le Roi-Lune de Versailles de dormir et d'usurper en rond.
Avec mon estime.
Mais Monseigneur le Duc n'a pas intérêt non plus à poster ici tout le bouquin ici sinon il ne vendra rien
Que soit remercié également le très redouté Archange Saint-Georges, Bras séculier du FL, Grand Pourfendeur de trolls et factieux, d'avoir su se montrer si convaincant et de nous avoir obtenu la primeur mondiale de ce chef d'œuvre qui empêche le Roi-Lune de Versailles de dormir et d'usurper en rond.

Avec mon estime.
Nous maintiendrons - Membre revendiqué de l'OFFICINE - La doc du FL
Re: SAINT-SERMON : LE LIVRE!
Post ou pas, si Monseigneur le Duc présente et dédicace son livre dans les librairies de Versailles, il y aura foule!
En tout cas merci pour ces posts qui participent à l'esprit si particulier et si stimulant du Forum Libéré!
En tout cas merci pour ces posts qui participent à l'esprit si particulier et si stimulant du Forum Libéré!
Re: SAINT-SERMON : LE LIVRE!
Mon cher,
nous vous sommes reconnaissants pour ces encouragements.
Précisons que l'oeuvre de Monseigneur ne porte que pour une infime part sur les valets de pieds du Génie des Yvelines sur la toile. Monseigneur le Duc a juste voulu faire un clin d'oeil à la divertissante cyberguéguerre, bien derrière nous d'ailleurs si j'en crois l'échec patent de la propagande de SAV sur le net. Sa seigneurie fut bien mal servie, il est vrai.
J'ajoute que les extraits présentés ici ne reflètent pas forcément la version définitive. Parution dans très peu de temps.
Bav.
nous vous sommes reconnaissants pour ces encouragements.
Précisons que l'oeuvre de Monseigneur ne porte que pour une infime part sur les valets de pieds du Génie des Yvelines sur la toile. Monseigneur le Duc a juste voulu faire un clin d'oeil à la divertissante cyberguéguerre, bien derrière nous d'ailleurs si j'en crois l'échec patent de la propagande de SAV sur le net. Sa seigneurie fut bien mal servie, il est vrai.
J'ajoute que les extraits présentés ici ne reflètent pas forcément la version définitive. Parution dans très peu de temps.
Bav.
Nous maintiendrons - Membre revendiqué de l'OFFICINE - La doc du FL
Re: SAINT-SERMON : LE LIVRE!
Est-ce à dire qu'il ne nous aurait pas réservé la primeur de ses informations exclusives ?
Quand est-ce qu'on mange à l'Officine, chez les gangsters ?
Re: SAINT-SERMON : LE LIVRE!
Victor le chacal a écrit:
Précisons que l'oeuvre de Monseigneur ne porte que pour une infime part sur les valets de pieds du Génie des Yvelines sur la toile.
Cher Victor,
Sachez que j'ai lu attentivement les passages des Mémoires de Monseigneur sur le FL et que j'ai bien noté que notre vicomte et ses valets n'avaient pas l'exclusive de ses propos. Un chacal, entre autres, retenaient son attention et son action (d'officine abjecte) y était relatée comme un écho positif aux turpitudes du vicomte et de sa bande de gueux. Tout cela nous rend encore plus impatients de lire l'opus complet.
Re: SAINT-SERMON : LE LIVRE!
Je trouve que la parution de ce chef d'œuvre commence à se faire attendre.
Qqn a-t-il des infos?
Qqn a-t-il des infos?
Nous maintiendrons - Membre revendiqué de l'OFFICINE - La doc du FL
Re: SAINT-SERMON : LE LIVRE!
D'après une source très proche du dossier, l'ouvrage serait sous presse 

Nous maintiendrons - Membre revendiqué de l'OFFICINE - La doc du FL
Re: SAINT-SERMON : LE LIVRE!
Samedi 16 février, ce jour ensoleillé d'hiver, est un jour de bonheur.
La poste m'a délivré aujourd'hui un exemplaire du très joli livre de Saint-Sermon.
Un seul commentaire : Bravo.
Bravo au courageux éditeur.
Bravo au talentueux pamphlétaire.
La peste soit du ridicule Régent-Lune et de ses misérables laquais.
La poste m'a délivré aujourd'hui un exemplaire du très joli livre de Saint-Sermon.
Un seul commentaire : Bravo.
Bravo au courageux éditeur.
Bravo au talentueux pamphlétaire.
La peste soit du ridicule Régent-Lune et de ses misérables laquais.
"Le poisson ne vit pas hors de l'eau, ni la rose sur le sable, ni le Grec sans Liberté" (Chanson des filles de Souli)
Re: SAINT-SERMON : LE LIVRE!
Ce 19 janvier on trouve le livre aux "adresses bien connues" des ex auditeurs de R(ex)C
France Livres 6 rue du Petit Pont Paris 5e
et
Duquesne Diffusion 27 avenue Duquesne paris 7e
et bientôt chez tous les libraires de Versailles.
France Livres 6 rue du Petit Pont Paris 5e
et
Duquesne Diffusion 27 avenue Duquesne paris 7e
et bientôt chez tous les libraires de Versailles.
"J'dis pas que c'est pas injuste, mais j'dis que ça soulage."
Re: SAINT-SERMON : LE LIVRE!
Je viens d'acheter "le" livre chez mon libraire, cet après-midi, de Versailles qui venait de recevoir la visite de l'éditeur !
Les gens se l'arrachent.
Les premières pages sont pleines de promesses : quel style !
Les gens se l'arrachent.
Les premières pages sont pleines de promesses : quel style !
Re: SAINT-SERMON : LE LIVRE!
La langue est parfaite en effet. On croirait vraiment Saint-Simon.
Je craignais que le propos ne fût trop ésotérique mais je suis rassuré.
Les premières remontrances outrées de Versailles ont été portées à l'éditeur
Je craignais que le propos ne fût trop ésotérique mais je suis rassuré.
Les premières remontrances outrées de Versailles ont été portées à l'éditeur

Nous maintiendrons - Membre revendiqué de l'OFFICINE - La doc du FL
Re: SAINT-SERMON : LE LIVRE!
Victor le chacal a écrit:
Les premières remontrances outrées de Versailles ont été portées à l'éditeur
Le crime de Lèse-Quin n'est pas assez puni dans
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