SAINT-SERMON : LE LIVRE!

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Impatient Re: SAINT-SERMON : LE LIVRE!

Message par Victor le chacal le Mer 07 Nov 2007, 19:12

Guinevere a écrit:Superbe, la couverture de Saint-Sermon !

Ceci posé, je trolle un tantinet. Cela fait quelque temps que j'avais des doutes sur l'emploi, ici, du terme bigorneaux pour désigner des gens qui, en quelque sorte, s'accrocheraient à leur rocher.
Ils sont tous deux herbivores et "broutent" grâce à une sorte de langue râpeuse (la radula) les algues fixées aux rochers.

Le bigorneau ne se détache pas du rocher car il croit (dans le cas de RC) vivre du rocher. On parle souvent de "bigorneau de rocher" par ailleurs.
Il faut se féliciter également qu'un certain nombre restent sur le rocher aussi.
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Re: SAINT-SERMON : LE LIVRE!

Message par IPfix le Mer 07 Nov 2007, 19:16

Averell a écrit:Car la question qui se pose est de savoir qui est Saint-Sermon.

Est-il du nombre de ces bigornots/bigornottes ?

Hors sujet. le propos de ce forum ne consiste pas à savoir qui est derrière les pseudos comme sur tous les forums du monde. C'est ce qu'on appelle la netétiquette.
PS : tu me dis si tu ne veux pas que je te tutoie.

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Re: SAINT-SERMON : LE LIVRE!

Message par Guinevere le Jeu 08 Nov 2007, 07:59

Le jeu du masque ôté avait été lancé autrefois à propos de Victor. Et désormais nous le savons tous : Victor est John Doe !
"Une des règles du bonheur universel est la suivante : toujours se méfier des accessoires censés simplifier la vie qui pèsent moins lourd que leur manuel d'utilisation." (Terry Pratchett)

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Re: SAINT-SERMON : LE LIVRE!

Message par Rantanplan le Jeu 08 Nov 2007, 19:32

L'auteur nous aurait-il caché l'essentiel de son livre ou nous en a-t-il déjà fait part ?
On est un peu déçu qu'il n'intervienne pas céans.


Dernière édition par le Ven 09 Nov 2007, 02:43, édité 1 fois
Quand est-ce qu'on mange à l'Officine, chez les gangsters ?

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Re: SAINT-SERMON : LE LIVRE!

Message par Guinevere le Jeu 08 Nov 2007, 20:17

Le Duc, Rantanplan, le Duc !
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Re: SAINT-SERMON : LE LIVRE!

Message par Victor le chacal le Ven 09 Nov 2007, 00:07

Monseigneur le Duc!

Des extraits dans pas longtemps.

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Re: SAINT-SERMON : LE LIVRE!

Message par Papamobile le Mar 13 Nov 2007, 21:37

Insoutenable attente! Heureusement, Courtoisrazzo nous fait-il l'honneur de quelques bouteilles de son divin champagne!

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Re: SAINT-SERMON : LE LIVRE!

Message par Victor le chacal le Mar 13 Nov 2007, 21:47

Oui, un peu longue à venir je trouve cette exclu. Je voudrais des extraits avant la publication (imminente).
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Re: SAINT-SERMON : LE LIVRE!

Message par Papamobile le Mer 14 Nov 2007, 09:52

Merci, cher Victor, cela va nous faire patienter!

Monsieur le Duc de Saint-Sermon est attendu comme Harry Potter lui-même!

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Re: SAINT-SERMON : LE LIVRE!

Message par Saint Georges le Mer 14 Nov 2007, 19:38

F:. F:. et Amis du FL.

Vous l'attendiez. Le voici.

Le Duc de Saint-Sermon, retenu dans ses terres pour mettre la main aux dernières corrections d'épreuves de son "Mémoire" nous autorise cependant, EN EXCLUSIVITE, à bénéficier de certains morceaux de son livre.

Qu'il en soit remercié!

Pour commencer - c'est de circonstance, ce soir, vu que le "modèle" officie à son hebdomadaire grand messe sur les ondes - le portrait de l'un des principaux séides de Monseigneur le Régent-Lune (celui dont personne, après avoir lu le Duc, n'osera plus dire "qu'il est tombé dans le bénitier quand il était tout petit" Wink ).

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Re: SAINT-SERMON : LE LIVRE!

Message par Duc de Saint Sermon le Mer 14 Nov 2007, 19:40

Portrait de l’Abbé de Fauderche, Evêque de Saint-Cyr-l’Haipompe

L’Abbé de Fauderche, depuis devenu Evêque de Saint-Cyr l’Haimpompe est une autre de ces créatures obliques dont Monseigneur se complaît à flatter les bassesses, et sur lesquelles il aime à s’appuyer, afin de se tendre à soi-même un miroir flatteur de sa propre imposture. Abbé de Cour qui, comme on l’a dit fut trouvé dans le ruisseau et commença sur le pavé, avant que les fortunes et les faveurs ne s’abattissent sur sa tonsure. Madame des Tuileries, avant qu’elle ne passât, hélas, à la coterie de Monseigneur, pour les raisons que l’on sait, affirmait de lui qu’il estoit « faux comme un jeton dont on ne voudrait point à la quête ».

Sa jeunesse fut trouble et rien moins qu’orageuse.
En ces temps-là, dit-t-on, quand il ne portait point soutane, - ni culotte, d'ailleurs -, il avait quelque peu l’habitude de retrousser ses chausses en chantant la Carmagnole ou la Digue du c***. Son peu d’esprit s’échauffait facilement, au feu des illusions contestataires et des fantômes d’idées de révolte qui perdent la jeunesse, et qui plaisent à celle-ci, davantage par leur excès que par la véracité de leur doctrine. Il n’aimait alors point Dieu comme il en montre aujourd’hui les dehors, et ne se reconnaissait point de maître sur terre, s’élevant à la fois contre le Ciel et le gouvernement royal.

Je sais de lui, tombés de la méchante et bilieuse plume du gueux et du crève la faim des lettres qu’il étoit à l’époque, des libelles et des rimailleries blasphématoires, dont il tente aujourd’hui de nier qu’il en est l’auteur. Il aimerait sans doute, comme du nombre de bâtards qu’il sema, d’abord dans les bouges les plus infâmes de Paris, puis dans les plus nobles couches de maintes dames de la Cour, pouvoir déposer ses œuvres de jeunesse aux enfants trouvés, et pouvoir en nier désormais la paternité.

C’est oublier que, si mots et maux s’envolent, et que les mauvaises actions peuvent parfois un temps être dissimulées, les écrits quant à eux, ainsi que le disaient les Anciens, demeurent.

Ainsi s’amuse-t-on beaucoup de voir souvent l’Abbé de Fauderche errer, sous un incognito qui le désigne plutôt qu’il ne le dissimule, par les galeries du Palais Royal, non point cette fois pour y effeuiller son bréviaire avec les demoiselles de petite vertu qui en font l’ornement, mais fort préoccupé de retrouver, chez les libraires du lieu spécialisés en vieilleries et curiosités, les exemplaires de ses péchés de jeunesse, afin de les racheter à leur prix, et parfois même au double ou au triple, et les glisser dans les poches de son habit, afin de les emporter chez lui, et s’y livrer à quelque auto-da-fé en chambre, dans la cheminée du plus renfermé des cabinets de sa demeure.

C’est hélas peine perdue, car on m’a dit que certains de ses meilleurs fidèles à la Cour se gaussaient fort, entre eux, de posséder quelques un de ces livres compromettants auxquels l’Abbé commit jadis sa plume, et s’en faisaient entre eux lecture des meilleurs morceaux, lors d’après-dînées fort divertissantes.

Le meilleur tour qui fut en ces domaines, joué à notre chère soutane du sérail (ainsi le nomme-t-on, pour rappeler qu’il eut jadis pour clocher de village le minaret de la grande mosquée d’Istamboul), fut l’œuvre de Monsieur de la Brosse, musicien ordinaire du feu Roy et organiste en chef de la Chapelle de Versailles, qui, un jour qu’il était de service à son buffet pour accompagner les célébrations de Pâques servies par Monsieur de Fauderche, avoit eu l’idée de faire relier sous les aspects d’un Livre de Messe l’un des plus enragés ouvrages écrits contre Dieu et la Sainte Eglise par l’Abbé, alors qu’il estoit encore escholier possédé par le démon de l’irréligion, et l’ouvrit devant lui avec ostentation, lui demandant, en prenant l’air le plus naïf du monde, s’il connaissoit telle oraison dont il était l’auteur, et qui estoit un tissu d’insultes contre notre Saint père le Pape, contre la Royauté et contre Dieu lui-même.

Monsieur de Fauderche prit à cette vue toutes les couleurs que la nature a créées pour orner l’arc-en-ciel, et d’abord interdit, il se reprit aussitôt, à l’amusement de chacun qui put mesurer à quel point pouvait atteindre la fausseté du personnage, en affirmant qu’il ne connaissoit point quel était l’auteur de ces blasphèmes, et que sans doute, il se devait agir de quelqu’un qui, pour lui nuire, avoit emprunté son nom, afin de le perdre de réputation, tant sa fortune et sa place lui valaient de jalousies et d’inimitiés.

Personne ne fut dupe de cet embrouillamini d’explications, qui, pour l’arrogance avec laquelle elle fut servie, fit dire de l’Abbé que la seule foi dont il fût capable de faire montre, estoit, de préférence, la mauvaise.

Il y aura longuement à dire, et fort méchamment, sur les détours scabreux qui menèrent l’Abbé de Fauderche à tomber aux pieds des autels, un beau jour que, prétend-t-il, la Grâce divine lui est descendue. Pour peu qu’on l’écoutât et qu’on le crût, il serait une sorte de Monsieur Pascal, à qui Dieu lui-même eût fait communication de ses desseins secrets, et qui l’eût touché de même, dans les larmes de l’extase, une nuit qu’il méditait seul en sa cellule. Pour sa cellule, il vaut mieux dire la soupente misérable où il vivait à ce moment, traînant misère sur le Pont Neuf où il essayait de vendre sa prolifique plume et ses médiocres talents à qui lui voudrait commander quelque ouvrage à lire d’une seule main sous les courtepointes, ou quelque calomnieux libelle propre à se venger lâchement d’un ennemi.

On ne savait d’où sortait cette figure jaune et biaise, qui avait plus de celle d’un ruffian barbaresque que d’un futur confesseur des Grands. Or, il convient de dire qu’en ces temps, l’Abbé de Fauderche était mahométan, réchappé d’on ne sait quelle galère turque, ou sorti d’on ne sait quel Topkapi où il eût exercé les fonctions de gardien de harem. D’avoir si longtemps vécu proches des plus infâmes turpitudes, et dans les vapeurs du bain des dames, est sans doute ce qui lui vaut encore cette façon d’hypocrisie et de dissimulation qu’il affiche, et qui fait qu’on a le sentiment, lorsqu’on l’écoute prêcher, ou simplement causer avec vous, que sa bouche répand, pour enrober les plus méchantes perfidies et les plus monstrueuses calomnies, des confitures de roses ou des flots de miel.

Ce n’est au reste point d’avoir changé ni d’avoir troqué l’habit d’icoglan du grand turc, de libertin irréligieux et d’insulteur du Ciel et du Trône, pour embrasser la vraie Religion, rentrer dans le rang des zélateurs de la Couronne et revêtir la soutane qu’il faut lui reprocher, mais d’être resté tout pareil à ce qu’il était avant que de revêtir ce pieux habit et ces dévotes apparences.

Il a gardé des mœurs du Sérail cette manie des détours et des complots, et surtout, cette propension à ne jamais montrer son vrai visage, point même à ses amis, et encore moins à ses complices. On lui voit à vrai dire, ainsi que le dit la Princesse Baratine, plus souvent le c***, (qu’il aime d’ailleurs fort à se faire botter), qu’une face ou qu’une mine sincère.

Et peut être, en effet, de tout ce personnage, sont-ce ses fesses qui mentent le moins.

On dit qu’à quelques Dames du beau sexe, il ne négligerait point, malgré les attributs de sa charge et les nécessités de son état, de porter ses hommages, et de faire brûler en leur boudoir un bien profane encens. Il les confesse dit-on jusque dans l’alcôve. Mais toujours, il a soin d’accorder ses bienfaits à celles qu’il saura lui être, en retour, bienfaitrices en quelque avantage. Ne servant point la messe sans se servir au passage dans l’entretien de ses ambitions, davantage que dans les soins d’une âme qui vit bien.
On sait la raison qui le poussa dans les Ordres, et qu’on devine aisément, pour peu qu’on ait appris à le connaître, et à savoir ce dont il est capable.

Crevant un jour la faim et privé de tout expédient, il se dit qu’après tout, « ventre plein valait bien une messe », et calcula que du moins, chez les bons moines où il alla frapper en dernier recours, on lui donnerait, moyennant quelques génuflexions quotidiennes, le gîte et le couvert. Ainsi les trompa-t-il fort bien, et finit-il, peut-être ? par s’y tromper lui-même, sa nature étant si fortement privée de tout caractère qu’il est de ceux qui sont bien capables de se prendre à leur propre jeu, et de se montrer sincères en leur mensonge.
Mais ce qui ne saurait tromper sur le fond du personnage, c’est la manière qu’il a d’en rajouter toujours dans l’excès de zèle. A l’entendre (ce qui ne fait en vérité point de dupes chez les gens d’esprit), il serait plus royaliste que les plus ardents des thuriféraires du trône, et plus dévot que ne le furent, dans la contrition ou le martyre, les plus grands Saints de la Légende Dorée, étant sur ces points, fort empressé à donner aux autres d’excellentes leçons qu’il n’applique guère à soi-même.

On pourrait sans peine lui appliquer (ainsi qu’à nombre des dévotes et dévots postiches dont il fait son entourage ordinaire) ce que le génie de Monsieur Molière met dans la bouche de Célimène, dans sa réponse à Arsinoé. De même, l’Abbé de Fauderche a soin de porter pour cilice la soie coupée pour lui et à ses mesures par les meilleurs faiseurs de Paris, et ne se prive point, faisant en public, mine de jeûne, de contrition et de Carême, de se réserver, une fois renfermées sur lui les portes du tabernacle, les douceurs et les gourmandises les plus voluptueuses de cette terre.

On dit même qu’il ne répugne point (c’est ce que m’ont rapporté d’aucuns qui l’ont vu se tenir à table, et se comporter dans les salons où il fréquente) à se piquer le nez à l’excellent Bourgogne, et à priser comme un colonel de la Garde, goûtant ces petites voluptés, qu’il nomme « les plus véniels péchés qui soit » avec des ronronnements de chatte et des tortillements d’anguille. Il a, de fait, tout de ces vieilles filles que la nature a disgraciées, que l’Hyménée néglige et que l’amour a fui, qui trouvent au bout du compte, faute d’autre consolation, dans l’abus de friandises et l’excès de dévotions, la diversion à leur ennui et le remède à leur infertiles élans, et qui finissent par avoir l’air de réciter leur chapelet comme l’on sucerait une pastille de menthe.

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Re: SAINT-SERMON : LE LIVRE!

Message par Papamobile le Mer 14 Nov 2007, 21:54

Dieu soit loué, Saint-Sermon! Quelle Gloire! Avec quelle verdeur et quelle plume, vous nous revenez et nous entretenez du Benêt du mercredi,

comme s'il était l'Aigle de Meaux, en personne! Voilà comme le génie fait un lion d'un modeste caniche!

Nous demeurons à faire le pied de grue, sur les Champs-Elysées, pour ne point manquer les prochains épisodes.

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Re: SAINT-SERMON : LE LIVRE!

Message par Saint Georges le Jeu 15 Nov 2007, 15:59

Chers F:. F:. et Amis,

Toujours dans le cadre des extraits exclusivement publiés (avec autorisation de l'Auteur) des OEuvres de Monseigneur le Duc, un long extrait plus spécialement (que d'honneur! respect ) consacré aux aventures du FL sur la toile... cheers

D'aucuns ne manqueront pas de se reconnaître... Wink

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Re: SAINT-SERMON : LE LIVRE!

Message par Duc de Saint Sermon le Jeu 15 Nov 2007, 16:03

Les hommes de (petite) main de Monseigneur – Le Régent, ses porteurs de chaise et ses videurs de chaise percée – Création et apparition de la très puissante et redoutable OFFICINE – Une punaise sur les coussins du trône, un clou dans l’escarpin du Régent-Lune.

Il y eut, parmi les méprisables fantoches que furent les créatures que Monseigneur stipendia à chanter sa gloire et à justifier partout l’éclat de son imposture, quatre autres vagues humanités sorties de nulle part, mais dont le rôle qu’ils tentèrent de jouer, et qu’on leur recommanda de remplir, est au parfait déshonneur du Maître qui les employa.

Ces pauvres hères n’eurent pour toute fortune que d’être désignés et commis aux pires bassesses par la faveur de celui qui en sut tirer toutes les misérables rancoeurs et les dérisoires ambitions qu’il y avait en eux, et, encore une fois, les flatter si bien dans leur petit orgueil, qu’ils en conçurent l’illusion d’être gens d’importance.

Dévoués comme il se doit, quand on n’est rien, mais qu’on vous élève à la dignité de pas grand-chose, ils se vouèrent si promptement, corps et âme (si tant est qu’ils en eussent une) à leur Maître, que celui-ci put sans grande peine les faire s’absorber aux plus humiliantes et répugnantes besognes, en lesquelles ces esprits minuscules virent la grâce qu’on leur accordait de donner enfin pleine mesure de leur nullité.
Ainsi, non content de leur confier tout d’abord des tâches qui pouvaient encore passer pour acceptables, dans le domaine de la sujétion aveugle et des travaux d’office, Monseigneur les employa bientôt à tout faire, leur consentant même ce qu’il leur désigna, sans qu’ils bronchassent, comme l’honneur de porter à eux quatre, par groupes de deux, la chaise de parade dont il avait coutume de faire usage, lorsqu’il lui plaisait de se rendre à Paris, chaque Lundi, pour s’y livrer à ce qu’il fut bientôt coutume de désigner comme « la comédie de son hebdomadaire adresse au Peuple ».
Mais pour parler de : « chaise », sa très petite Altesse eût bientôt la fantaisie de ne point seulement réserver à ces valets zélés le privilège de porter celle en laquelle il avait coutume de se déplacer sur les routes, mais aussi, de leur confier les soins de veiller à l’usage de celle où elle avait coutume de s’aller asseoir, lorsque la nature se faisait pressante à lui travailler l’entraille, et où l’on dit que quelque grand souverain qu’on soit, il convient d’aller seul, et de se rappeler qu’on n’y est assis que sur la partie la moins recommandable de soi-même. Ajoutons, pour que le tableau de ce postérieur que je livre à la postérité soit sans feinte pudeur, et que l’image que je me donne à peindre des ridicules du Régent soit complète, que même en ces endroits où le Roy se retire sans conseillers ni commensaux, Monseigneur ne cessait point de se croire assis plus haut que le commun, et qu'il avait fait tapisser de miroirs les murs de cette hygiénique retraite, afin de se pouvoir contempler avec complaisance, même en cette situation qui, pour beaucoup, ne relève point de la grandeur.

Il convient de s’étendre quelque peu sur le portrait de ces personnages, dont le succès de ridicule tiendra pour beaucoup au règne de Monseigneur sur le Royaume Courtois et sa Cour, et qui, sans que les circonstances eussent porté au trône un tel sinistre pitre, ne fussent jamais sortis de l’obscurité où ils finiront par rentrer, après avoir commis devant nous un tour de piste qui, pour tout dire et se montrer honnête, nous aura, à la fin, fort plaisamment diverti. Ces ridicules qu’on ne voudrait point voir, même affublés de masques, dans une farce italienne du signor Gozzi resteront en quelque sorte dans nos mémoires comme les figures grimaçantes et disgraciées dont les architectes gothiques agrémentaient les contreforts et les balustres des cathédrales, - à cette seule différence qu’elles n’auront été que les gargouilles d’une bien triste gouttière, aux pignons d’un édifice sans majesté.

En tête, venait immédiatement le plus pitoyable de tous, dont on a peine à dire si ses ridicules doivent susciter l’éclat de rire ou la commisération et dont, je pense, il nous sera difficile de donner sans paraître exagérer, le ressemblant portrait, tant sa bêtise et sa maladresse paraissent excéder le bon sens.
On vit, un jour, digne suppôt de son Maître dans la vol et l’accaparement du bien d’autrui, ce personnage apparaître, tout fraîchement sorti du fond de la plus morne et déshéritée des provinces, où sans nul doute, n’eût été le déplorable exemple de conduite que le Régent donna au plus haut de l’Etat, ne se fût jamais à ce point mêlé de se découvrir des prétentions à intervenir dans les affaires, et à faire l’important dans les antichambres. Comme nous l’avons dit, ces gens-là n’ont point de nom, mais se désignent eux-mêmes sous des sobriquets qu’on ne voit d’ordinaire usités qu’au sein des compagnies de brigands qui sévissent sur les routes, ou des associations de malfaiteurs qui tiennent le bas du pavé dans les faubourgs de la capitale.

Celui dont je m’emploierai ici à peindre l’épaisse et grossière figure était connu par ses semblables sous le nom de « Petit Galeux », et n’avait pour tout emploi (du moins : avouable et avoué) que celui de cantonnier, vivant et oeuvrant au plus retiré des marches de l’Est, dans ces pays dont on n’évoque point sans frissonner la désolation et la déshérence, et qui doivent donner à ceux qui même n’y font que passer en carrosse ou les traverser à la tête de nos armées, pour rejoindre les garnisons et les postes frontières du Rhin, l’idée de ce qu’est de vivre ici-bas dans quelque antichambre du Purgatoire.
Sachant à peine aligner deux lettres, et incapable de mettre ensemble trois mots sans insulter à la syntaxe et à l’orthographe (et il n’est même point la peine de parler ici de « style »…), ce vague-misère avait tout essayé en sa vie – excepté d’être pourvu de deux sous de bon sens -, et il avait finalement trouvé une sinécure en ces emplois où l’on ne demande à l’impétrant qu’à montrer les dispositions d’une parfaite inaptitude, afin de vaguer au non-service de l’Etat, mais avec paiement assuré chaque mois par les deniers de celui-ci.
Ce prétentieux imbécile nourrissait, comme toutes les médiocres qui se croient autorisés à tout oser ici-bas, les prétentions les plus hautes. Et il suffit qu’il vît Monseigneur usurper lui-même ce qui n’était point son bien au plus haut de l’échelle, pour qu’à sa petite altitude, il s’avisât de faire de même, et de se donner des Lettres et du crédit qu’il n’avait point, en lançant le plus diligent et zélé bureau de propagande, dévolu à chanter les louanges de Sa Très Minuscule Altesse, et à colporter, par les plus reculées des campagnes, les prétendus bienfaits de Celle-ci.

Il alla, bien entendu, pour cela, frapper à la porte du Comte de Beketchstein, qu’on sait avoir toujours été très heureux de pouvoir compter, pour relayer ses entreprises, sur les plus naïfs des sots facilement acquis à sa cause. Celui-ci, trop heureux de se voir offrir les services d’un si inespéré paysan, - non pour le coup, du Danube, mais de la Moselle -, le paya, en son habituelle monnaie de singe et de songe, de toutes les flatteries, et l’incita en son entreprise.
Or, il en était du Petit Galeux comme de ces gens qui, croyant tirer en l’air pour atteindre un faisan à la chasse, s’embrouillent si bien dans leurs chausses et agissent avec tant de maladresse, qu’ils finissent par tuer leur chien, quand ils ne se blessent point eux-mêmes mortellement. Au bout de quelque temps, cet impayable drôle finit par réussir à faire fermer son ouvroir, ayant dépassé les bornes de l’imprudence, et se croyant de par la protection dont il s’imaginait jouir, au-dessus de toute plainte et de tout danger au regard de certaines Lois du Royaume.

Autant dire qu’à cette occasion, son principal appui le Comte de Beketchstein en usa comme à son ordinaire, lorsqu’il avait fait porter le chapeau et recevoir les coups à sa place, par quelqu’une des créatures déshéritées qu’il avait l’habitude de pousser au vice, et qu’il se contenta de quelques paroles de compassion indignées, accompagnées de ces parcimonieuses, quoique fielleuses larmes, dont il l’avait l’habitude de payer les services de ceux qu’il avait eu soin d’exploiter d’abord, pour les mieux trahir ensuite.

Cette date reste désormais fameuse, où se constitua, de par le seul courage de quelques uns qui eurent l’esprit de saisir l’occasion quand elle était dans l’air, ce qu’il est convenu désormais d’appeler (selon le mot même que lança Monseigneur, et qui eut, à contrario de ses intentions, l’éclatante fortune qu’on sait) : l’Officine. Je veux parler évidemment de cette réunion de beaux esprits et d’hommes et femmes de cœur et de bravoure, qui, d’un coup, s’agrégea autour d’un mystérieux justicier, qui se fit d’abord nommer « Le Banni », puis, par dérision, à cause que le Régent avait employé ce mot un jour, afin de le désigner : « Le Chacal ».

Les frondeuses gens de l’Officine eurent maille à partir avec les créatures les plus dévouées à Monseigneur : en premier, le Petit Galeux dont j’ai plus haut parlé, qui écuma, bien entendu, de rage, à voir qu’on le dépassait sur le terrain qu’il s’était imaginé occuper, et qui, dès lors, fut la cible des quolibets du Chacal et de ses acolytes, qui s’amusèrent fort, et avec une drôlerie sans égale, à stigmatiser les travers, les maladresses et les ridicules de ce pitre inculte qui s’ingéniait à mal emboucher les trompettes de la Renommée, et à chanter les louanges publiques de Monseigneur comme s’il eût plutôt soufflé dans un aigre pipeau à trois notes, ou joué d’une cornemuse aux notes faussées.
Or d’autres agents, hommes de petite main et membres de la garde rapprochée de Monseigneur, attirés sans doute par la démangeaison ne se faire battre, et la volupté de se voir raillés sur la place, trouvèrent bon de prendre le même chemin, et (doit-on croire, poussés par leur Maître, et encouragés par son âme damnée le Comte de Beketchstein), s’essayèrent à se mesurer avec la verve redoutable de l’Officine, dont la seule existence, et le fait qu’elle publiât, preuves à l’appui, la vérité de son usurpation et fît partout justice de son imposture, était comme un clou dans l’escarpin du Régent, qui obligeait sa Grandeur à boiter, en empêchant heureusement que son mensonge pût continuer d’endormir l’opinion publique, d’égarer la ville et d’illusionner la Cour.

Parmi les porteurs de chaise et les videurs de cuvette de Monseigneur dévoués à plaisir à ces répugnantes besognes, se trouvaient également un militaire aux mœurs douteuses, qu’on nommait pour cela : la Caporale de la Jacquette, et un obscur faiseur de phrases, un de ces journalistes sans verve ni vertu, ou de ces rhétoriciens sans emploi, comme le Comte de Beketchstein aimait à en employer à rédiger les torchons qu’il appelait ses « libelles » ou ses « gazettes ». Ce piètre pisseur de copie se faisait appeler, quant à lui, et signait du nom de : Lesdiguières, voulant montrer par là, en reprenant à son compte ce nom d’un chancelier célèbre du Vert Galant, qu’il était tout dévoué à la cause de Monseigneur, - dont on sait que l’un des prénoms est celui-là même que portait le bon Roy Henri.

Tout ceci ne montra d’autre danger pour l’Officine que de manquer, maintes fois, la faire étouffer de rire, et n’offrira d’autre importance que de nous quelque peu divertir ainsi que de nous faire un tantinet nous dégourdir la plume, au fil d’un austère récit, et dans le cours des pages de ce Mémoire destiné à témoigner (ainsi que l’eût dit le grand Cicéron) des perdita tempora d’un Règne obscur et détestable…

Duc de Saint Sermon
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