Que penser de l'économiste Jean Tirole?

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Re: Que penser de l'économiste Jean Tirole?

Message par Victor le chacal le Sam 22 Sep 2007, 21:37

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Re: Que penser de l'économiste Jean Tirole?

Message par Rantanplan le Dim 23 Sep 2007, 00:38

Ce n'était pas l'avis du gaullo-libéral Rueff, lequel préconisait le marché institutionnel versus le marché manchestérien.

C'est exact.
Et c'est une des différences qui existent entre Jacques Rueff et ses amis de la Société du Mont Pèlerin comme Ludwig von Mises ou Friedrich von Hayek.


Moi pas savoir quoi être "marché institutionnel" et "marché manchestérien".

On dirait bien une de ces inventions à la française qui n'existent nulle part ailleurs, du genre "fordisme".

Le marché est libre ou il est entravé. Et comme Rothbard l'a démontré, seul le marché libre correspond à un optimum observable.

Sur l'absurdité des "politiques de concurrence" -- c'est-à-dire de celles des politiques contre la concurrence qui entravent la concurrence sous prétexte de la "protéger", il y a un auteur qu'on ne peut pas se permettre de balayer comme un "idéologue", c'est Alan Greenspan, l'ancien Président de la Banque de Réserve Fédérale.

La dernière phrase de l'article est franchement hilarante.

    Il suit même de près le développement des neurosciences, qui permettra peut-être un jour d'expliquer les décisions économiques.
Elle est aussi caractéristique de cette volonté scientiste de réduire la pensée à l'opération de lois naturelles et si possible mécaniques, ambition dont Hoppe a montré qu'elle est parfaitement vaine, puisqu'elle implique de nier la condition première et la raison d'être de la science elle-même, donc les présupposés logiques de son existence, mais qui explique cette obstination à employer un langage mathématique qui fausse systématiquement le raisonnement.

Dans Atlas Shrugged, Ayn Rand a un passage du Discours de John Galt qui décrit ce genre de mentalité :

    observez avec quelle persévérance acharnée les mystiques du muscle [les matérialistes] s'efforcent de vous faire oublier qu'un concept tel que la pensée ait jamais pu exister. Observez les contorsions de langage, les mots flous au sens élastique grâce auxquels ils évitent soigneusement tout référence au concept de 'pensée'. Votre conscience, vous disent-ils, consiste dans des 'réflexes', des 'réactions', des 'expériences', des 'stimuli' ; et ils refusent en même temps d'identifier les moyens par lesquels ils ont acquis cette connaissance, l'acte qu'ils accomplissent en disant cela, ou celui que vous accomplissez en les écoutant.

    Les mots ont le pouvoir de vous 'conditionner', disent-ils, tout en refusant d'identifier les raisons pour lesquelles ces mots ont aussi le pouvoir de changer votre… votre … ? Un étudiant qui un livre le comprend par un processus de… ? de… ? Un savant qui travaille sur une invention entreprend un acte de … ? Un psychiatre qui aide un névrosé à résoudre ses problèmes conflictuels, le fait au moyen de… ? Pas de réponse . Un industriel… silence. Ca n'existe pas : une usine est une 'ressource naturelle', comme un arbre, un caillou ou une mare de boue.
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Re: Que penser de l'économiste Jean Tirole?

Message par OCB le Dim 23 Sep 2007, 08:39

Rantanplan a écrit:....voire disqualifié par le Rasoir d'Occam : il n'y a pas de raison d'employer un langage artificiel pour rendre compte de faits que la langue naturelle permet parfaitement de décrire.

Ubu, au pied, bon chien, va.
Les idées ne sont pas dans les mots mais dans l'esprit des êtres humains.
Ceci est parfaitement connu des poètes et des musiciens et c'est pourquoi ils utilisent des métaphores pour transmettre des idées qui ne se trouvent pas dans les mots eux-mêmes.
Faisons simple avec le premier niveau d'une métaphore obtenue en associant plusieurs termes formellement contradictoires:
exemple: "les différentielles tiennent le milieu entre le pur néant et la quantité".
Un chien savant n'y comprendra rien, à cause de la juxtaposition de termes contradictoires, le chien devient fou.
Mais cette formulation poètique est la seule qui nous permet d'entrer dans l'esprit de l'inventeur (Leibniz) et de comprendre la notion.

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Re: Que penser de l'économiste Jean Tirole?

Message par georges lane le Dim 23 Sep 2007, 13:10

OCB a écrit :
Mais cette formulation poètique est la seule qui nous permet d'entrer dans l'esprit de l'inventeur (Leibniz) et de comprendre la notion.

Je mettrai en parallèle le cinquième postulat d'Euclide dont j'ai parlé dans un message précédent et que je n'ai pas cité, le voici :
Si une droite tombant sur deux droites fait les angles intérieurs du même côté plus petits que deux droits, les deux droites prolongées à l'infini se rencontreront du côté où les angles sont plus petits que deux droits. (O'Shea, 2007, p.57)

Sacrée formulation poétique !

Comme celui tenu sur "les différentielles", ce propos tenu sur "les droites parallèles" ne fait qu'approximer la réalité mathématique, que réduire l'ignorance spécifique de chacun sur ce qu'elle peut être et, pour cette raison, il ne saurait ouvrir une voie unique de progression.

Il témoigne seulement d'un choix de l'"inventeur".

Quant à la compréhension de la notion, il convient de la laisser de côté car sa considération est étrangère aux mathématiques.

Pour sa part, Rantanplan a écrit :
"Moi pas savoir quoi être "marché institutionnel" et "marché manchestérien". "

Rueff emploie ces expressions dans plusieurs articles qu'il a écrits à l'époque de la signature du Traité de Rome en mars 1957, avant et après. Deux de ceux-la ont été repris dans ses Oeuvres complètes, tome III : Politique Economique, livre 1, chap. XXI et XXII.

tapoter Rantanplan sera d'accord, je pense, que le processus de marché génére les institutions. A cet égard, et au risque de jouer avec les mots, tout marché est d'abord institutionnel, l'institution initial étant la propriété, le droit de propriété...

A cela - et c'est l'épine résigné - Rueff ajoute quelque chose. Il voit d'un bon oeil l'intervention de l'Etat, mais pas n'importe laquelle : seulement des interventions qui n'affectent pas le "mécanisme des prix". Il fait l'hypothèse qu'il y a des interventions de l'Etat compatibles avec ce "mécanisme" What a Face .

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Re: Que penser de l'économiste Jean Tirole?

Message par Guinevere le Dim 23 Sep 2007, 16:08

Il suit même de près le développement des neurosciences, qui permettra peut-être un jour d'expliquer les décisions économiques.


On n'a encore jamais pu démontrer ce que les potes à Changeux nomment pudiquement "le parallélisme corps/esprit", c'est à dire la sécrétion de la pensée par les neurones. Pas même avec les techniques RMN. Il y a même eu des expériences de psycho expé qui, horresco referens, tendraient à montrer que la pensée précède l'activité cérébrale. Le physicien Régis Dutheil y fait allusion, sans référencer parce que ça l'embête.
On n'a rien expliqué quand on a pu établir la corrélation entre un processus mental, une ou des aires cérébrales et une variation dans les taux de neurotransmetteurs. Le cerveau est sans doute un outil prodigieux mais il faut bien admettre que nous n'avons pas le manuel ! Et même si nous l'avions, en inférer que ce tas de neurones est la cause voire même la cause unique d'une décision, c'est encore franchir un abîme logique. Du type "je le crois parce que je l'espère; je l'espère parce que je le crois"!
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Re: Que penser de l'économiste Jean Tirole?

Message par Rantanplan le Dim 23 Sep 2007, 16:29

Un chien savant n'y comprendra rien, à cause de la juxtaposition de termes contradictoires, le chien devient fou.

J'avais bien dit que vous seriez ridicule si vous cherchiez à argumenter, puisque votre démarche consiste à supposer que, dans une science que vous n'avez pas apprise, vous auriez des leçons à donner à ceux qui l'ont fait, sous prétexte que vous en auriez appris une autre qui n'a rien à voir avec elle, et dont eux savent en outre qu'elle ne s'y applique pas.

Si les économistes réalistes cherchent à éliminer le raisonnement aux limites dans leur discipline, ce n'est pas parce qu'ils ne le comprendraient pas, mais parce qu'il y est pratiquement impossible à ceux qui s'en servent de conserver à l'esprit les conditions de son applicabilité.
Il truffe l'économie mathématique de postulats dont tout le monde sait qu'ils ne sont pas vrais de son objet d'étude supposé, et qui sont de ce fait autant de pièges pour le raisonnement, pièges dont, quand on connaît son métier, on voit bien que rares sont ceux qui parviennent à les éviter.

C'est pourquoi les économistes sérieux -- ceux qui ont pris la mesure des erreurs et contresens que ces postulats inspirent -- se lassent de l'exercice et se contraignent progressivement à éviter ce langage-là dans tous les domaines où ils peuvent s'en passer, jusqu'au moment où ils ont compris qu'on peut s'en débarrasser partout.
Découverte qu'on ne peut faire, bien sûr, que si on est un professionnel expérimenté : pour savoir quels moyens de recherche et de preuve s'appliquent à une discipline intellectuelle, c'est cette discipline-là qu'il faut connaître, à fond.

Le Rasoir d'Occam n'est donc pas une simple option mais traduit une nécessité pratique de la science : c'est à mesure que l'on s'y débarrasse des présupposés inutiles qui ne peuvent conduire qu'à des erreurs, que la compréhension et la rigueur y progressent.
Comme la théorie économique a pour objet d'étudier l'action humaine, la notion de "quantités infinitésimales" y est par nature inapplicable, et n'y introduit au contraire que des erreurs : elle fait oublier que la valeur n'est pas une quantité, et que l'utilité marginale n'est pas une dérivée, d'une "utilité totale" qui n'aurait pas de sens défini, mais simplement la valeur de l'objet particulier de l'action : que c'est cela le "raisonnement à la marge", et rien d'autre.

L'erreur devient systématique quand cela conduit à présenter comme autant d'"écarts à l'optimum" le fait que la plupart des produits ne se présentent qu'en quantités discrètes, et que toutes les décisions portent par nature sur des objets perceptibles, et souvent massifs et complexes :
c'est reprocher à l'objet de son étude de ne pas se conformer aux catégories dans lesquelles on a cherché à le fourrer, au lieu de se demander si celles-ci lui sont appropriées.
Ce refus d'accepter le réel pour ce qu'il est conduit à un contresens sur la notion d'"optimum", que l'on prétend "définir" comme un idéal strictement impensable, de sorte qu'on ne puisse jamais constater ni la présence de cet "optimum" ni dans quelle "mesure" on s'en serait "écarté".
En conséquence, cet "optimum"-là n'a aucune espèce d'applicabilité pratique sauf qu'il sert depuis un demi-siècle, au prix d'une contradiction manifeste avec son critère initial supposé --ainsi qu'avec le postulat de départ de tout raisonnement à l'équilibre, à nourrir la littérature sophistique sur les prétendues "défaillances du marché", qui sont autant de rationalisations automatiques pour le pillage des faibles par les puissants.

L'emploi des mathématiques, qui est la cause de cette pollution, n'est pas nécessaire pour comprendre la théorie économique et n'a fait qu'y introduire des erreurs qui s'y perpétuent et s'y s'accumulent. Il y est une cacographie intellectuelle dont il faut une véritable ascèse pour identifier les erreurs qu'elle engendre, et qu'on ne parvient guère à éliminer parce qu'il y faut comprendre un langage inutilement compliqué mieux que ceux qui s'en sont servis et qu'en outre qu'il n'y a pas assez de gens qui y aient intérêt.
En effet, si cette cacographie-là se perpétue et s'étend, ce n'est pas innocent : prétendre mettre en oeuvre une science en-dehors de son domaine d'application pour servir un absurdisme de principe, c'est le point de départ du socialisme, et c'est sous ce prétexte qu'il se développe encore malgré les efforts des gens honnêtes : les gens honnêtes qui professent que dans toute science, la contradiction est la preuve absolue d'une erreur. Et que bien entendu, multiplier les arguties pour empêcher que l'on pose la question de ce dont on parle de manière à se soustraire aux conséquences de ce fait universel c'est, comme disait Ayn Rand, un procédé classique d'avocat marron.

    « Exister, c’est être quelque chose, différent du néant de l’inexistence, c’est être une entité d’une nature spécifique, dotée d’attributs particuliers. Il y a des siècles, l’homme qui reste malgré ses erreurs, le plus grand de nos philosophes, a commencé à formuler le concept d’existence et le principe de tout savoir: A est A : toute chose est ce qu'elle est. Vous n’avez jamais saisi le sens de cet énoncé. Je suis ici pour le compléter : l’existence est identité, la conscience est identification.

    « Quoique vous envisagiez, une action, un attribut ou un objet, les lois de l’identité restent les mêmes. Une feuille n’est pas un caillou, elle ne peut être en même temps et du même point de vue entièrement rouge et entièrement verte, elle ne peut geler et se consumer en même temps. A est A. Plus familièrement : vous ne pouvez pas avoir à la fois le beurre et l'argent du beurre.

    « Vous voulez savoir ce qui ne va pas dans le monde? Toute la ruine qui le saccage est due aux efforts que font vos dirigeants pour faire comme si les choses n'étaient pas ce qu'elles sont. L’horrible secret que vous redoutez de découvrir est que tous les malheurs qui s’abattent sur vous sont dus à vos propres efforts pour refuser de voir que A est A.

tout marché est d'abord institutionnel, l'institution initiale étant la propriété, le droit de propriété

On nage dans l'arbitraire sémantique. La propriété première est naturelle puisqu'elle naît de la production, et il y a un marché dès lors qu'il existe une possibilité d'échanger cette propriété naturelle : le marché peut donc logiquement exister sans institution aucune, laquelle implique au moins l'existence d'un contrat préalable.
Et puisqu'il ne s'agit pas de concepts praxéologiques mais d'une convention verbale, je ne sais toujours pas ce que Jacques Rueff entendait par "marché institutionnel" et "manchestérien". Le comprenait-il lui-même.

Il fait l'hypothèse qu'il y a des interventions de l'Etat compatibles avec ce "mécanisme"

Séquelles d'un scientisme et d'un étatisme quand même encore assez perceptibles chez lui ? Le marché n'est pas un "mécanisme", et l'intervention de l'état le fausse par définition. Enfin, il est mort considérablement moins dingue que ce que Maurice Allais est devenu.


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Re: Que penser de l'économiste Jean Tirole?

Message par Victor le chacal le Dim 23 Sep 2007, 17:12

Troll :

Je vois que le capon émasculé OCB continue d'éluder mes questions. Il a dû se rendre compte qu'il raconte n'importe quoi (comme tous les factieux).

Fin du troll.
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Re: Que penser de l'économiste Jean Tirole?

Message par Fanchick le Dim 23 Sep 2007, 18:08

Gentil Role et Gentil Béri ont-ils un lien de parenté ? bille

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Re: Que penser de l'économiste Jean Tirole?

Message par georges lane le Dim 23 Sep 2007, 18:26

Rantanplan a écrit :
"La propriété première est naturelle puisqu'elle naît de la production... "

Certes, mais "on ne fait rien sans rien".
La production est la transformation de choses nécessairement en propriété du producteur ou bien de choses qu'il ignore et qui sont ignorés par autrui - sinon il y aurait vol -.
En d'autres termes, la production est une façon de gérer la propriété ou l'ignoré - jusqu'au jour où... pour ce dernier -.

Rantanplan poursuit :
"[...] et il y a un marché dès lors qu'il existe une possibilité d'échanger cette propriété naturelle... "

Je préfère à "possibilité" le mot "capacité" et ai tendance à distinguer la capacité juridique et la capacité technique, voire la capacité économique.
Je fais mien ce qu'a écrit Hayek et voit dans les règles de droit découvertes - réduction de l'ignorance - des moyens de réduire encore l'ignorance spécifique de chacun.
La capacité d'échanger procède d'une réduction de l'ignorance : elle est à la fois une capacité juridique et une capacité technique ou économique.
Et même si la capacité juridique existe, la capacité technique ou économique n'existe pas nécessairement à cause de "coût d'échange" évalué trop élevé. Si on peut échanger non spot à trois mois car les coûts sont évalués faibles, on n'échangera pas non spot à cinquante ans car les coûts sont évalués aujourd'hui trop élevés. Tous les marchés financiers non spot qui ont fleuri ces dernières décennies témoignent d'une réduction des coûts d'échange non spot correspondants.

Rantanplan termine la phrase en écrivant :
"[...] le marché peut donc logiquement exister sans institution aucune, laquelle implique au moins l'existence d'un contrat préalable. "

Je vois dans le "contrat" d'abord la capacité juridique, mais je ne comprends pas que le marché existe "sans institution aucune".
Y aurait-il une ambiguïté sur le mot "institution" ? Pour moi, toute règle de droit découverte est une institution.

respect

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Re: Que penser de l'économiste Jean Tirole?

Message par Rantanplan le Dim 23 Sep 2007, 20:28

Il reste à faire connaître les auteurs qui ont développé de vraies théories de l'économie industrielle, qui raisonnent sur les industriels comme des créateurs, créateurs de produits et créateurs d'organisations.
Et le premier nom qui vient c'est évidemment Henri Lepage, puisque c'est lui qui nous a fait découvrir tous les autres.
Sur les "politiques de concurrence", il a montré que celles-ci n'avaient jamais pour but que d'empêcher la concurrence et de nuire au consommateur ; et nous a fait découvrir Dominic Armentano, et surtout Murray Rothbard, dont la deuxième grande contribution à la science économique a été de démontrer qu'il est contraire à la science de prétendre qu'aucun des phénomènes que la théorie conventionnelle appelle des "monopoles" sur un marché libre "réduirait" en quoi que ce soit la production.
Son argument crucial — qui montre bien a contrario que la théorie conventionnelle considère les entrepreneurs comme des esclaves — est que, lorsque l'entrepreneur en cause "limite sa production" pour maintenir un certain prix de vente, c'est pour donner la plus grande valeur possible pour lui à son patrimoine, ce qui est de son point de vue un acte productif ; et que, en "limitant" de la sorte la production en question, il n'en "détruit" aucune puisqu'il libère les facteurs de production correspondants pour d'autres utilisations.
De "gaspillage", par conséquent, on ne peut en définir aucun sans porter des jugements arbitraires sur ce qu'il vaudrait mieux produire, et à la place de quoi -- mais les "économistes" mathématiciens ne comprennent pas, ou ont oublié, pourquoi ces jugements seraient forcément arbitraires.
De même, Rothbard a montré qu'il n'existe aucune définition non-contradictoire de la "concurrence" autre que le Droit de propriété et la liberté des contrats, la seule aussi qui contraigne la rivalité entre les hommes à s'exercer par la production et non par la destruction.
De sorte qu'aucune des législations de la concurrence ne peut "accroître la production" ni "protéger la concurrence" comme elles prétendent le faire.

En matière d'organisation des entreprises, Henri Lepage et Jacques Garello nous ont fait découvrir notamment Henry Manne, fin connaisseur des marchés d'actions et des prises de contrôle et de participation.
Cet expert fait partie d'une école entière d'analyse qui mêle le Droit à l'économie, qu'on appelle la Théorie économique du Droit. Cette analyse des formes juridiques qui raisonne sur le Droit comme un moyen de créer et d'utiliser l'information nécessaire pour organiser la vie en société a l'avantage de reprendre à son compte les solutions découvertes par les grandes traditions juridiques, c'est-à-dire de raisonner sur la société comme un système d'interaction entre des cerveaux, et non comme un emboîtement de mécaniques.

Les économistes autrichiens, à la suite de Friedrich Hayek et Israel Kirzner, insistent sur le rôle de la création d'information comme condition nécessaire à la fois de l'ajustement et de la nouveauté, et à la suite de Ludwig von Mises sur la planification, montrent aussi comment la violence des hommes de l'état. détruit au contraire l'information nécessaire aux deux.

On ne peut évidemment pas exclure que les économistes mathématiciens aient fini par découvrir certaines choses dans ces domaines aussi, en dépit de leurs procédures inadéquates ; Georges Lane, qui les a approchés de plus près, pourrait peut-être citer l'une des choses qu'ils auraient récemment comprises, et il n'est pas logiquement impossible qu'une au moins de ces découvertes le soit aussi pour nous, c'est-à-dire qu'elle soit vraiment nouvelle.

Pour l'essentiel, cependant, il n'est guère vraisemblable qu'en se privant des moyens de la tradition juridique et de la philosophie morale pour employer une méthodologie et une formalisation entièrement inappropriées à l'objet prétendu de leur étude, les "économistes" mathématiciens, si nombreux et subventionnés soient-ils, réussissent à progresser plus vite que ceux qui ont choisi les moyens de recherche qui correspondent aux caractéristiques de cet objet.
De sorte que, dans la pratique, nous ne les lisons que pour mesurer l'écart entre ce que nous avons compris et ce qu'il leur reste à découvrir, notamment en ce qui concerne les erreurs systématiques induites par leurs méthodes.


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Re: Que penser de l'économiste Jean Tirole?

Message par Uncle Toby le Lun 24 Sep 2007, 00:22

D'abord un souvenir rigolo, pour répondre à la défense et illustration des X par OCB : j'ai encore dans l'œil l'air de contentement profond avec lequel quelques ingénieurs de l'armement (donc des polytechniciens) ont un jour expliqué combien ils étaient fiers d'avoir, avec le char Leclerc, imaginé une nouvelle idée : celle des séries de prototypes. Chaque série de chars Leclerc était différente. Chacune était bien meilleure que la précédente, évidemment. Encore qu'on ne comprenait pas bien en quoi, mais l'on était en général prêt à les croire sur ce point. L'ennui c'est qu'on se retrouvait à cause de ces tragiques imbéciles à faire des notices techniques différentes selon les séries (forcément) et qu'un conducteur de char formé sur la série x ne savait pas conduire un char de la série y. Je vous laisse imaginer le casse-tête pour organiser la maintenance, établir, produire et router la documentation de la maintenance et de la formation, en ayant en plus sur le dos des nomenclatures normées de l'OTAN qui n'avaient pas prévu le concept génial et franco-ixien de séries de prototypes… Ce qui explique qu'à part quelques pays du Golfe peu près de leurs sous et la clientèle politiquement captive de l'armée de terre française, le Leclerc a eu le succès que l'on sait. Je crois qu'encore aujourd'hui ils n'ont sincèrement pas compris pourquoi tout le monde leur est tombé sur le dos en les traitant de crânes d'oeuf incapables et d'idiots emmerdeurs prétentieux (encore que forts en calcul). Si bien que quand on m'explique que les X font gagner de l'argent, moi je les verrais mieux faire autre chose. Evil or Very Mad

Plus sérieusement, il me semble que le problème n'est pas de savoir si des modèles mathématiques permettent de prévoir les événements économiques. D'abord parce que c'est évident : oui, ça marche app Mais généralement peu de temps, et jamais complètement No , ce qui amène à se demander par quels mécanismes c'est possible. L'un des facteurs, outre qu'il doit être possible de trouver un modèle mathématique qui colle à peu près à n'importe quelle collection d'expériences, n'est-il pas simplement que ces modèles prétendent justement prédire les décisions. Or les décisions, précisément, sont influencées par les modèles qu'on leur prête, lesquels sont généralement enseignés. Se féliciter que les modèles de Monsieur Truc sont connus, enseignés, traduits, n'est-ce pas précisément mettre en évidence que ces modèles influencent au moins autant la décision qu'ils la décrivent et arrivent à la prévoir ?

Mais surtout, estimable factieux OCB, vous faites semblant je crois de ne pas voir que l'argumentation de Rantanplan vise un niveau plus profond que la vôtre. Mesurer, calculer, c'est déjà en soi faire un pas vers l'idée d'un optimum économique déterminé a priori. S'il ne s'agissait que de décrire, on pourrait sans doute voir là quelque chose d'utile ; mais dans les faits, et puisque ces calculs et mesures visent à prévoir les comportements, il est bien évident qu'ils glissent naturellement vers une orientation de ces comportements prévisibles pour atteindre un optimum issu de ces calculs et de ces mesures, extrapolés dans le temps. C'est si vrai qu'il suffit de lire Fichte, père de toute idéologie de la planification avec son État commercial fermé, pour avoir une idée du délire calculateur qui prétend tout prévoir. Les calculs de Fichte étaient encore frustes, mais ils prétendaient déjà au même mouvement : mesurer, prévoir, tendre vers un optimum défini par ces calculs mêmes, inscrit dans leur jeu propre et mutuel. Ils ont d'ailleurs été repris et remis en forme par tout un tas d'économistes calculateurs au long du 20e siècle, de la planification soviétoïde au dirigisme autarcique de droite. Le calcul n'est donc pas anodin : dire que l'économie se mesure et se prévoit par le calcul et que cela suffit, c'est être sur la voie royale pour, comme le souligne Rantanplan, chercher des optima farfelus et chimériques. Donc vouloir les imposer par une réglementation, puisqu'ils ne seront pas atteints autrement, et limiter, taxer, voire interdire les échanges avec l'étranger perturbateur pas soumis à ladite réglementation.

Que le présent soit mesurable ne rend pas l'avenir prévisible : il y a quarante ans personne ne pensait ni ne pouvait faire raisonnablement rentrer dans un calcul prédictif que les brevets chimiques allemands sur les processus permettant de transformer le charbon en ersatz de pétrole serviraient un jour. Aujourd'hui, on commence à se dire que même si cela paraît encore cher, ça pourrait bien resservir.

(Je signale au passage et à propos de Fichte que — comme disait Caraco — "il nous manque une thèse" sur la manière dont la conception de la raison chez Fichte le conduit à la fois et au même moment à la planification économique au nom d ela raison inscrite dans l'histoire et à une vision messianique, au sens propre dans l'histoire sainte à travers la figure du Christ, de la raison. Ce n'est pas un pur hasard s'il écrit l'État commercial fermé à peu près en même temps que la Staatslehre de 1801, dont l'un des thèmes essentiels est le Christ dans l'histoire : je le signale ici parce que c'est toujours ce qui me chiffonne un peu quand j'entends des libéraux fonder leur libéralisme sur le christianisme de manière presque mécanique, comme s'il était naturel et évident que l'un mène à l'autre, alors que chez bien des auteurs il a mené aussi bien au contraire.)

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Re: Que penser de l'économiste Jean Tirole?

Message par Rantanplan le Lun 24 Sep 2007, 01:37

Il est chouette le mouton.
Le problème de l'économie mathématique est plus profond que son rôle de rationalisation d'un pouvoir arbitraire : si elle peut servir à rationaliser un pouvoir arbitraire c'est parce qu'elle est elle-même un tissu de contradictions, dont on peut de ce fait tirer n'importe quelle conclusion et son contraire -- ce dont ses adeptes n'ont généralement pas conscience.

Evidemment, la première contradiction de toute sa démarche ne se déduit même pas de ses fausses présomptions : c'est qu'on prétend s'en servir pour "justifier" au nom de la "science" certaines politiques et institutions, alors que la vraie science est purement descriptive et que toute définition du "bien" et du "juste" appartient à la philosophie morale et politique.
-- on est obligé de dire que Ludwig von Mises ne l'avait pas compris, mais Rothbard si, et ô combien.
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Re: Que penser de l'économiste Jean Tirole?

Message par georges lane le Lun 24 Sep 2007, 12:09

Je ne peux pas voir le mouton : pourquoi ? boulet

Plus sérieusement, Uncle Toby a écrit :
il me semble que le problème n'est pas de savoir si des modèles mathématiques permettent de prévoir les événements économiques. D'abord parce que c'est évident : oui, ça marche

Les modèles mathématiques ont été une mode des décennies 1950-1970. Les macroéconomiques étaient une forme atténuée de l'esprit planificateur. Embarassed Je me permets de vous renvoyer sur le sujet de leur abandon dans ma contribution au livre que j'ai pris comme avatar.

Uncle Toby a ajouté :
Mais généralement peu de temps, et jamais complètement , ce qui amène à se demander par quels mécanismes c'est possible.

En vérité, il était jugé que "ça marchait" en prévision la période suivante, voire deux périodes plus tard car la réalité restait dans le large intervalle d'erreurs ! Jamais un pont n'aurait été construit avec une telle marge d'erreurs, a fortiori un lancement de fusée n'aurait pas été tenté. mdr
Bref, cela n'a jamais marché !
Pourquoi ? L'économie n'est pas une science expérimentale aux phénomène reproductibles (cf. par exemple study Hayek, Droit, législation et liberté).

Et Uncle Toby a terminé le propos en écrivant :
"L'un des facteurs, outre qu'il doit être possible de trouver un modèle mathématique qui colle à peu près à n'importe quelle collection d'expériences, n'est-il pas simplement que ces modèles prétendent justement prédire les décisions. Or les décisions, précisément, sont influencées par les modèles qu'on leur prête, lesquels sont généralement enseignés.

Uncle Toby fait implicitement référence à des modèles mathématiques financiers - "microéconomiques" -. Mais ces modèles milo ne sont que des bouées pour ceux qui ont l'infirmité de ne pas exercer leur libre examen ou leur libre arbitre noyé .
Ceux qui n'ont pas cette infirmité prennent en considération non pas les modèles, mais les informations qu'ils acquièrent par leurs efforts, pour prendre des décisions.
Et cela échappera perpétuellement aux mathématiciens et à leurs modèles, quel que soit le domaine mathématique qui ait été choisi arbitrairement et les sous-tende.

vivefl

georges lane
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Re: Que penser de l'économiste Jean Tirole?

Message par georges lane le Lun 24 Sep 2007, 12:10

Ca y est, je vois le mouton ! merci

Rantanplan a écrit :
On ne peut évidemment pas exclure que les économistes mathématiciens aient fini par découvrir certaines choses dans ces domaines aussi, en dépit de leurs procédures inadéquates ; G. L., qui les a approchés de plus près, pourrait peut-être citer l'une des choses qu'ils auraient récemment comprises, et il n'est pas logiquement impossible qu'une au moins de ces découvertes le soit aussi pour nous, c'est-à-dire qu'elle soit vraiment nouvelle.

Primo, un petit souvenir. Alors que j'allais passer quelques jours chez Jacques Rueff en Normandie, javais apporté Leçons de théorie microéconomique de Edmond Malinvaud.
Le soir, J.R. me demanda de le lui prêter pour voir de quoi il retournait.
Le lendemain, au petît déjeuner, JR me dit qu'il espérait que je n'étais pas sensible à ce genre d'économie - économie mathématique - qui n'avait rien à voir avec la science économique.
Ce livre de 1975 qui comporte 11 chapitres esquisse dans le dernier chapitre intitulé "Incertain" un développement fondé sur les travaux de Radner (1967) sur l'équilibre économique en incertitude !
Il est muet sur Arrow et Debreu.

Secundo, et à l'opposé, le livre de J.J. Laffont (1985) que j'ai cité dans un message précédent, à savoir Cours de théorie microéconomique, vol II: Economie de l'incertain et de l'information fait ses choux gras de ces auteurs, mais aussi de leurs compères ou "disciples".
Il se compose en particulier de 10 chapitres dont le dernier est intitulé "Information asymétrique et échange" et le premier "Comportements en avenir incertain".
Curieusement, c'est ce livre qui m'a aidé à comprendre - a contrario - que je n'avais rien à attendre de l'économie mathématique si je voulais commencer à comprendre la réalité économique. Où tout a basculé, c'est quand j'ai trouvé à la librairie de la London School of Economics, le livre de Newbery et Stiglitz (1981) intitulé The Theory of Commodity Price Stabilization.
Et j'ai eu l'occasion de découvrir, via Knight souvent cité et déformé par les auteurs précédents, les économistes autrichiens où j'ai trouvé ce qu'inconsciemment je recherchais. app

Tertio, je ne rejette pas la démarche mathématique. Je la rejette quand on la prend comme ensemble d'hypothèses arbitraires sans préciser pourquoi on adopte tel ou tel domaine mathématique (analyse, géométrie, théorie des ensemble, etc...)
Je l'adopte et lui reconnais des mérites pour schématiser un raisonnement littéraire précédemment mené.
Je lui reconnais de grands mérites pour, par exemple, schématiser les marchés financiers - du "simple contrat de gré à gré non spot" au "marché organisé" coté par lui-même ou par d'autres, en passant par des "marchés analogiques" ou "numériques" - . applaud
Son emploi donne aussi un rôle à l'économiste : au sein d'une organisation, il est un trait d'union entre deux domaines de la connaissance sans intersection, à savoir celui des juristes et celui des mathématiciens (informaticiens, statisticiens inclus).

respect

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Re: Que penser de l'économiste Jean Tirole?

Message par henri le Lun 24 Sep 2007, 13:06

Uncle Toby a écrit: ...Si bien que quand on m'explique que les X font gagner de l'argent, moi je les verrais mieux faire autre chose. Evil or Very Mad


Euh, de la radio peut être ?

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