Ayn Rand et la création de la bulle immobilière
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Re: Ayn Rand et la création de la bulle immobilière
Il est assez cocasse de voir Patrick Artus, qui parlait il n'y a pas si longtemps d'"inflation par les coûts", donner à Alan Greenspan des leçons sur l'"inflation des actifs", notion que les économistes autrichiens étudient depuis 80 ans, et que les autres ont découverte dans les années 80.
Il est bien évident que Greenspan connaissait tout cela alors que Patrick Artus n'avait encore jamais entendu parler de Keynes, et plus encore puisque Patrick Artus semble encore croire aujourd'hui qu'une banque centrale pourrait faire une "bonne" politique monétaire alors que Greenspan savait déjà à l'époque que ce n'est pas possible.
Tout-au plus vaut-il mieux placer à sa tête quelqu'un qui sait pourquoi l'institution est intrinsèquement nuisible, et qui sait notamment à quel point elle peut fausser les prix dans la structure productive. Sa politique n'en sera pas bonne pour autant, puisque les institutions qui lui permettent d'exister détruisent en même temps l'information qui lui permettrait d'être adaptée, mais pour ce que cela vaut, il est quand même préférable, pour faire ce n'importe quoi-là, d'avoir quelqu'un qui sait qu'il fait n'importe quoi, et pourquoi il le fait.
Il reste que, dans toutes ces discussions, on n'a pas la preuve formelle que, dans un monde financier assez réglementé, les règlementations et garanties, implicites et explicites n'expliquent pas que certains gestionnaires aient pu sciemment prendre des risques excessifs.
Est-on bien sûr que tous ceux qui se sont trompés ont subi toutes les conséquences de leurs erreurs ?
N'a-t-on pas vu toutes sortes d'interventions étatiques pour atténuer les pertes alors prévisibles, qui donnent a posteriori raison à au moins une partie de ceux qui ont pris ces risques — de même qu'à ceux qui s'attendent à ce que cette anomalie se reproduise à l'avenir ?
Il est bien évident que Greenspan connaissait tout cela alors que Patrick Artus n'avait encore jamais entendu parler de Keynes, et plus encore puisque Patrick Artus semble encore croire aujourd'hui qu'une banque centrale pourrait faire une "bonne" politique monétaire alors que Greenspan savait déjà à l'époque que ce n'est pas possible.
Tout-au plus vaut-il mieux placer à sa tête quelqu'un qui sait pourquoi l'institution est intrinsèquement nuisible, et qui sait notamment à quel point elle peut fausser les prix dans la structure productive. Sa politique n'en sera pas bonne pour autant, puisque les institutions qui lui permettent d'exister détruisent en même temps l'information qui lui permettrait d'être adaptée, mais pour ce que cela vaut, il est quand même préférable, pour faire ce n'importe quoi-là, d'avoir quelqu'un qui sait qu'il fait n'importe quoi, et pourquoi il le fait.
Il reste que, dans toutes ces discussions, on n'a pas la preuve formelle que, dans un monde financier assez réglementé, les règlementations et garanties, implicites et explicites n'expliquent pas que certains gestionnaires aient pu sciemment prendre des risques excessifs.
Est-on bien sûr que tous ceux qui se sont trompés ont subi toutes les conséquences de leurs erreurs ?
N'a-t-on pas vu toutes sortes d'interventions étatiques pour atténuer les pertes alors prévisibles, qui donnent a posteriori raison à au moins une partie de ceux qui ont pris ces risques — de même qu'à ceux qui s'attendent à ce que cette anomalie se reproduise à l'avenir ?
Quand est-ce qu'on mange à l'Officine, chez les gangsters ?
Re: Ayn Rand et la création de la bulle immobilière
Rantanplan écrit :
Etant donnée l'action qu'il a choisi de mener, le gestionnaire se forme avec incertitude une espérance morale globale de gain - ou, si on préfère le mot, de profit - qui, bien évidemment, n'exclut pas des espérances morales de perte.
Par métonymie, on dit que le gestionnaire prend sciemment un risque global de gain qui recouvre des risques de perte.
Ces risques de perte peuvent-ils être estimés excessifs ?
Une telle estimation est héroïque.
Dès lors que le gestionnaire a conclu des contrats financiers librement, on peut dire qu'il n'y a rien d'excessif.
On peut aussi le dire à l'information de la perte maximale à quoi s'attend notre gestionnaire et qu'il aura la capacité de "liquider" si elle se réalise.
Mais comme tout un chacun, notre gestionnaire ignore en partie la réalité et rien n'exclut que l'attente de la perte maximale qu'il s'est formée "en bon père de famille" se révélera largement inférieure à sa réalisation. Faudra-t-il estimer alors, i.e. ex post , que le risque de perte était excessif, i.e. que la perte maximale attendue était insuffisante ? Difficile de le soutenir.
Rantanplan écrit encore :
On peut le penser étant donnée une distinction chère aux juristes.
Depuis longtemps, les juristes distinguent en effet la perte pécuniaire et la perte non pécuniaire (pretium doloris).
Et depuis une vingtaine d'années, les économistes ont les outils d'analyse économique pour rationaliser la distinction.
La perte pécuniaire supportée par le gestionnaire qui s'est trompé paraîtra dérisoire à certains, mais ceux-ci oublient ou écartent la perte non pécuniaire qu'il supporte car eux ignorent ce qu'elle peut être : l'observateur n'est pas le payeur. Le gestionnaire qui se suicide quand il se rend compte de ses erreurs le fait soit à cause de la perte pécuniaire, soit à cause de la perte non pécuniaire, soit à cause des deux… Et il n'est pas aisé de déméler les fils en quelques mots. Je renvoie à l'analyse économique digne de ce nom.
De même qu'il n'y a pas de profit certain,
de même qu'il n'y a pas d'enrichissement sans cause,
de même que le politique qui dit qu'il ne s'est pas enrichi à cause des fausses factures qu'il a rapportées à son parti et dont celui-ci vit – et le fait vivre - ment effrontément,
de même, il n'y a pas de perte sans pertes pécuniaire et non pécuniaire.
Mais on "peut" aussi ne pas le penser.
Rantanplan conclut :
Oui. Mais nous sommes chaque fois dans un monde de réglementations qui ont été prises à l'initiative de ceux qui bénéficient de leur application – par exemple dans les deux scenarii dits -.
Et nous savons que, pour perdurer, ce monde - qui est d'abord un monde d'êtres humains - doit disposer d'un capital - en propriété des êtres humains -, ne serait-ce que pour éponger les pertes.
A supposer que ce capital existe à un instant t, il ne croîtra ni n'embellira, mais s'évaporera, détruit par les effets de l'action des réglementeurs sur les propriétaires de capital.
Ce monde - d'êtres humains et de réglementations - est en vérité lui-même le comble de l'anomalie qu'évoque Rantanplan, il ne saurait se reproduire une fois anéanti le capital ou seulement après reconstitution d'icelui. Ce qui laisse du champ…
Une chose est certaine : ceux qui s'attendent à ce qu'il perdure font leur propre malheur.

Il reste que, dans toutes ces discussions, on n'a pas la preuve formelle que, dans un monde financier assez réglementé, les règlementations et garanties, implicites et explicites n'expliquent pas que certains gestionnaires aient pu sciemment prendre des risques excessifs.
Etant donnée l'action qu'il a choisi de mener, le gestionnaire se forme avec incertitude une espérance morale globale de gain - ou, si on préfère le mot, de profit - qui, bien évidemment, n'exclut pas des espérances morales de perte.
Par métonymie, on dit que le gestionnaire prend sciemment un risque global de gain qui recouvre des risques de perte.
Ces risques de perte peuvent-ils être estimés excessifs ?
Une telle estimation est héroïque.
Dès lors que le gestionnaire a conclu des contrats financiers librement, on peut dire qu'il n'y a rien d'excessif.
On peut aussi le dire à l'information de la perte maximale à quoi s'attend notre gestionnaire et qu'il aura la capacité de "liquider" si elle se réalise.
Mais comme tout un chacun, notre gestionnaire ignore en partie la réalité et rien n'exclut que l'attente de la perte maximale qu'il s'est formée "en bon père de famille" se révélera largement inférieure à sa réalisation. Faudra-t-il estimer alors, i.e. ex post , que le risque de perte était excessif, i.e. que la perte maximale attendue était insuffisante ? Difficile de le soutenir.
Rantanplan écrit encore :
Est-on bien sûr que tous ceux qui se sont trompés ont subi toutes les conséquences de leurs erreurs ?
On peut le penser étant donnée une distinction chère aux juristes.
Depuis longtemps, les juristes distinguent en effet la perte pécuniaire et la perte non pécuniaire (pretium doloris).
Et depuis une vingtaine d'années, les économistes ont les outils d'analyse économique pour rationaliser la distinction.
La perte pécuniaire supportée par le gestionnaire qui s'est trompé paraîtra dérisoire à certains, mais ceux-ci oublient ou écartent la perte non pécuniaire qu'il supporte car eux ignorent ce qu'elle peut être : l'observateur n'est pas le payeur. Le gestionnaire qui se suicide quand il se rend compte de ses erreurs le fait soit à cause de la perte pécuniaire, soit à cause de la perte non pécuniaire, soit à cause des deux… Et il n'est pas aisé de déméler les fils en quelques mots. Je renvoie à l'analyse économique digne de ce nom.
De même qu'il n'y a pas de profit certain,
de même qu'il n'y a pas d'enrichissement sans cause,
de même que le politique qui dit qu'il ne s'est pas enrichi à cause des fausses factures qu'il a rapportées à son parti et dont celui-ci vit – et le fait vivre - ment effrontément,
de même, il n'y a pas de perte sans pertes pécuniaire et non pécuniaire.
Mais on "peut" aussi ne pas le penser.
Rantanplan conclut :
N'a-t-on pas vu toutes sortes d'interventions étatiques pour atténuer les pertes alors prévisibles, qui donnent a posteriori raison à au moins une partie de ceux qui ont pris ces risques — de même qu'à ceux qui s'attendent à ce que cette anomalie se reproduise à l'avenir ?
Oui. Mais nous sommes chaque fois dans un monde de réglementations qui ont été prises à l'initiative de ceux qui bénéficient de leur application – par exemple dans les deux scenarii dits -.
Et nous savons que, pour perdurer, ce monde - qui est d'abord un monde d'êtres humains - doit disposer d'un capital - en propriété des êtres humains -, ne serait-ce que pour éponger les pertes.
A supposer que ce capital existe à un instant t, il ne croîtra ni n'embellira, mais s'évaporera, détruit par les effets de l'action des réglementeurs sur les propriétaires de capital.
Ce monde - d'êtres humains et de réglementations - est en vérité lui-même le comble de l'anomalie qu'évoque Rantanplan, il ne saurait se reproduire une fois anéanti le capital ou seulement après reconstitution d'icelui. Ce qui laisse du champ…
Une chose est certaine : ceux qui s'attendent à ce qu'il perdure font leur propre malheur.

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